Son nom était sur toutes les lèvres dès les premiers kilomètres. Hans Troyer, 26 ans, athlète HOKA entraîné par David Roche, a pris la tête de la Western States 100 2026 dès les premières miles depuis Emigrant Pass, devant Kilian Jornet lui-même, à une cadence de 4’23/km sur des sentiers exigeants. Une tactique qui a immédiatement affolé les commentateurs et les milliers de spectateurs sur le live YouTube : qui est ce coureur capable d’imposer un tel rythme aux meilleurs ultra-traileurs du monde ?
Sommaire
Du steeple universitaire à l’ultra de haut niveau en deux ans
L’histoire de Troyer a tout d’un roman qu’on croirait inventé. Il y a à peine deux ans, cet ancien steepler universitaire de Géorgie n’avait jamais couru sur des distances supérieures au demi-fond. Sa transition vers l’ultra-trail a été fulgurante, presque irrationnelle. Champion national USATF du 50 miles en 2024, record du parcours au Black Canyon 100K en février 2026, victoire au JFK 50 Miles fin 2025 : en moins de deux ans, il a accumulé des références que la plupart des traileurs professionnels mettent une décennie à construire.
Ce que les chiffres ne disent pas, c’est le personnage qui se cache derrière ces performances. Un gamin de 26 ans qui mange du pain fait maison, s’entraîne dans des « saunas de voiture » pour simuler les conditions de chaleur de la Sierra Nevada, jongle entre carrière sportive, école doctorale et contenu vidéo, et qui assume une ambition décomplexée : « I don’t wanna leave anything on the table. » Je ne veux rien laisser sur la table. Sur la Western States, ce n’est pas une métaphore.
8e l’an dernier, favori cette année

Sa première Western States date de 2025 : Troyer avait terminé 8e à son baptême sur les 161 km de la Sierra Nevada, une performance remarquable pour une première sur ce format. Déjà coaché par David Roche, l’un des entraîneurs les plus respectés du trail américain, il avait impressionné par sa capacité à gérer son effort sur la durée tout en maintenant une vitesse de croisière au-dessus du lot.
Pour l’édition 2026, son statut a changé. Après son record au Black Canyon et sa saison 2025-2026 quasi sans faute, une bonne partie de la communauté trail américaine le classe parmi les candidats sérieux à la victoire, au même titre que Walmsley. Un contexte complètement différent de sa première participation, une pression différente, et une tactique qui l’est encore plus.
Les performances de Hans Troyer avant la Western States 2026
| Course | Performance |
|---|---|
| JFK 50 Miles (nov. 2025) | Victoire |
| Black Canyon 100K (fév. 2026) | Victoire + record du parcours |
| Twisted Fork 30K (printemps 2026) | Victoire |
| Western States 2025 | 8e (première participation) |
| Western States 2026 | Leader dès Emigrant Pass à 4’23/km |
Une tactique qui peut tout gagner… ou tout perdre
Partir en tête de la Western States à 4’23/km dès les premiers kilomètres, c’est une décision qui se prend en connaissance de cause ou pas du tout. Sur un format de 161 km où les canyons du Sacramento attendent les coureurs à mi-course avec des températures de 35 à 40°C, dilapider ses ressources dans les premières miles constitue un pari extrêmement risqué. Walmsley lui-même, au fil de ses quatre victoires, a toujours géré son départ avec une relative retenue avant d’accélérer dans la deuxième moitié de la course.
Mais Troyer n’est pas Walmsley, et il ne cherche pas à reproduire sa méthode. Sa philosophie sportive, construite sur l’adrénaline et l’audace, pousse à aller chercher la douleur tôt pour forcer les adversaires à répondre immédiatement. Une stratégie qui peut fonctionner si les jambes tiennent dans les canyons, et qui peut aussi déboucher sur un effondrement catastrophique dans les derniers 50 kilomètres. La Western States ne pardonne pas les excès de confiance. Elle en a brisé de plus aguerris que lui.
La prochaine étape : la CCC en août à Chamonix
Ce qui est certain, c’est que Hans Troyer ne compte pas s’arrêter à la Western States. Fin août, il s’alignera sur la CCC au départ de Courmayeur, sa première course en Europe. Un format alpin de 100 km autour du Mont-Blanc qui testera une dimension de son trail encore inconnue : la haute montagne, le dénivelé extrême, les terrains techniques que ni la Géorgie ni le Colorado ne peuvent vraiment simuler. Un nouveau chapitre pour un coureur qui semble collectionner les premières fois avec une facilité déconcertante.
Sur la Western States 2026, l’histoire de Troyer est encore en train de s’écrire. Mais une chose est déjà certaine : en osant partir en tête à une allure que personne n’attendait, devant Jornet et les plus grands noms du trail mondial, le gamin de Géorgie a montré qu’il n’était pas venu pour faire de la figuration. La suite appartient aux canyons de la Sierra Nevada.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.


