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Les mots forts de François d’Haene après son record du GR20 sous 30 heures

La réponse tient dans une phrase qui résume tout l’engagement physique et mental de cette traversée : « Il y a zéro moment où tu peux te relâcher. » Quelques heures après avoir bouclé le GR20 en 29 heures et 46 minutes, François d’Haene a livré une interview sans filtre sur cette performance méticuleusement préparée pendant sept mois, entre satisfaction intense, lucidité sur ses propres limites et retour sur les émotions vécues avec ses proches.

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Au delà du simple chrono, ces confidences éclairent un aspect souvent invisible de l’ultra-trail : la préparation mentale, la gestion de la pression et le rapport particulier qu’un athlète peut entretenir avec un sentier qui a marqué toute une décennie de sa carrière.

Une satisfaction teintée de soulagement

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Interrogé sur ses ressentis à peine quelques heures après l’arrivée, le quadruple vainqueur de l’UTMB n’a pas caché son bonheur, tout en soulignant la difficulté extrême de l’épreuve qu’il venait de boucler. Il a d’ailleurs tenu à préciser C’est une énorme satisfaction, forcément, je suis très heureux d’être revenu en Corse et d’avoir retrouvé ce niveau-là. Je l’ai préparé en y pensant chaque matin depuis sept mois.

Sur le plan physique, les traces de l’effort restaient bien présentes au moment de l’entretien, mais decrites avec une forme de sérénité. Le coureur savoyard a expliqué ressentir encore un peu mal aux jambes, une douleur assez normale, logique, et même plutôt plaisante, preuve que la fatigue accumulée n’effaçait en rien la joie du résultat obtenu.

Voir les records précédents du GR20 ici !

Une pression bien réelle malgré la préparation

Contrairement à ce que pourrait laisser penser la sérénité affichée à l’arrivée, le champion a reconnu avoir ressenti une tension particulière avant même de s’élancer sur les sentiers corses. Selon ses propres mots, j’ai quand même ressenti une grosse pression au moment du départ. Car tu peux faire une belle course et ne pas être sous le record.

Cette déclaration illustre bien la marge extrêmement fine qui séparait la réussite de l’échec sur ce type de défi. Sur un terrain aussi long et technique, une multitude de facteurs indépendants de la préparation peuvent faire basculer un chrono dans un sens ou dans l’autre.

Trois objectifs progressifs, du plus modeste au plus fou

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Sur la construction même de son ambition avant le départ, François d’Haene a détaillé une approche par paliers, presque prudente au départ. Il a d’abord rappelé que le but premier était de réussir à le refaire, ce GR 20, dix ans après 2016, une manière de vérifier que sa carrière avait suivi la trajectoire qu’il souhaitait, portée par la passion plutôt que par la seule performance.

Le deuxième niveau d’ambition concernait directement le chrono. Le coureur a expliqué que le deuxième objectif était de réussir à refaire le chrono de 2016 (31h06), tout en se disant que si j’arrivais à battre le mien et me rapprocher de celui de Lambert (30h25) ce serait merveilleux. Un troisième objectif, presque inavoué au départ, complétait cette pyramide d’ambitions : dans mes rêves les plus fous, je me disais que se rapprocher des 30 heures cela serait faisable.

Niveau d’ambitionObjectif fixé
Premier objectifRéussir à retraverser le GR20 dix ans après 2016
Deuxième objectifRetrouver son chrono de 2016 (31h06)
Rêve secretSe rapprocher, voire passer sous les 30 heures

Une progression pas à pas, sans jamais anticiper

Sur la manière d’aborder concrètement cette traversée de plus d’une journée, François d’Haene a décrit une gestion mentale très progressive, presque humble face à l’ampleur de la tâche. Il a confié qu’au départ, je ne suis parti qu’avec ma première hypothèse, celle de juste aller au bout, avant de laisser les ambitions grandir naturellement selon les sensations ressenties sur le terrain.

Cette prudence n’avait rien d’anodin. Sur une traversée aussi longue, l’incertitude reste omniprésente jusqu’aux derniers kilomètres. Le coureur a insisté sur ce point en expliquant que jusqu’à 120-130 km (sur 160), tu ne sais pas, tu ne peux pas faire de plans, avant d’ajouter cette phrase devenue la plus marquante de son témoignage : il y a zéro moment où tu peux te relâcher. Ce sentier est d’une intensité incroyable.

Des retrouvailles familiales chargées d’émotion

Au delà de la performance chronométrique, l’aspect humain de cette aventure a occupé une place importante dans les propos du coureur. Sur la présence de ses proches durant la nuit de course, il s’est montré particulièrement touché, expliquant que mes enfants étaient là la nuit, c’était fou. Il y avait également les copains de 2016 qui étaient encore là.

Ce moment a réveillé chez lui des souvenirs precis de sa première traversée record, une décennie plus tôt. Le contraste générationnel n’a pas manqué de le toucher, puisque certains enfants présents cette fois n’étaient pas nés il y a dix ans, c’était marrant, émouvant.

Une performance sans la moindre défaillance

Interrogé sur la place de cet exploit dans l’ensemble de sa carrière, déjà riche en victoires majeures, François d’Haene a préféré insister sur la qualité d’exécution plutôt que sur une hiérarchie entre ses différents titres. Il a reconnu ne pas pouvoir vous dire que cette victoire est mieux que le Tor des Géants (2024) ou l’UTMB 2017. C’est difficilement comparable.

Ce qui semble compter davantage à ses yeux, c’est l’absence totale d’incident sur une durée d’effort aussi longue. Il a détaillé ce sans-faute avec précision : je n’ai pas eu de coup de mou ni de défaillances. Je n’ai pas fait « d’hypo » (glycémie), pas eu sommeil, pas fait d’erreurs, je ne me suis pas perdu. Une performance quasi parfaite qui laisse même entrevoir, selon lui, une marge de progression encore possible.

Un message adressé à son futur rival Aurélien Dunand-Pallaz

Interrogé sur la prochaine tentative annoncée par Aurélien Dunand-Pallaz, qui vise justement son nouveau chrono en septembre, François d’Haene a tenu à saluer l’ensemble des coureurs ayant marqué l’histoire de ce sentier. Il a rappelé que Lambert (Santelli) et les autres comme Xavier (Thévenard), Guillaume (Peretti) et Kilian (Jornet) resteront dans l’histoire de ce GR, avant de résumer sa philosophie sur ce type de performance : le record, c’est la cerise sur le gâteau. Ce n’est pas du tout infaisable. Et les records sont faits pour être battus.

Une fierté insulaire qui s’exprime après la perte du record

Si les propos du champion français traduisent une immense sérénité, l’accueil de sa performance en Corse a pris une tournure plus contrastée sur les réseaux sociaux. Un exploit unanimement salué sur le plan sportif, certes, mais qui a également suscité un débat parallèle, non pas sur la performance elle-même, mais sur la façon dont elle a été présentée dans certains médias.

Le point de friction ne concerne d’ailleurs jamais directement le coureur savoyard. La plupart des messages commencent par un « bravo », un « chapeau » ou des félicitations adressées au quadruple vainqueur de l’UTMB, sans jamais remettre en cause la difficulté de son exploit.

Des mots jugés excessifs par certains observateurs

Ce qui a davantage crispé une partie du public insulaire concerne le vocabulaire employé pour qualifier cette performance. Plusieurs commentaires reprochent à certains médias d’avoir utilisé des expressions comme « record explosé », « record massacré » ou « record pulvérisé », jugées disproportionnées au regard de l’écart réel entre les deux chronos.

Pour ces internautes, la nuance méritait d’être soulignée davantage, puisque le nouveau record n’améliore l’ancien que de 39 minutes sur près de 30 heures d’effort, un écart jugé trop resserré pour justifier un tel vocabulaire.

L’attachement à un champion de l’île

Derrière cette polémique de vocabulaire se cache surtout un attachement régional plus profond. Lambert Santelli est un enfant de l’île, et pour de nombreux Corses, voir ce record quitter la Corse représente inévitablement un petit crève-cœur, indépendamment du mérite sportif du nouveau détenteur.

Une réaction finalement assez classique dans le monde du sport, que l’on retrouve dans de nombreuses disciplines lorsqu’un record local tombe face à un athlète venu d’ailleurs. Une forme de fierté territoriale plutôt qu’une réelle contestation de la performance elle-même.

Un symbole qui continuera de changer de mains

Reste que cette querelle de communication ne devrait pas s’éterniser. Aurélien Dunand-Pallaz a déjà annoncé son intention de tenter à son tour de battre ce nouveau chrono dans les prochains mois, et rien n’exclut que Lambert Santelli revienne lui-même dans la course pour reprendre sa marque.

Comme tous les records d’endurance, celui du GR20 reste fait pour être battu, et François d’Haene lui-même l’a rappelé sans détour. Mais une chose semble acquise : sur cette île, ce sentier dépasse largement le simple cadre sportif, et chaque changement de propriétaire du record continuera sans doute de faire vibrer, d’une manière ou d’une autre, toute une communauté attachée à ce patrimoine montagnard unique.

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