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Dépression de Beñat Marmissolle : les causes profondes révélées par le traileur basque

Beñat Marmissolle a brisé le silence. Quelques jours seulement après sa victoire à l’Ultra-Trail Snowdonia by UTMB au Pays de Galles, le coureur basque originaire de Tardets a accordé une interview au quotidien Sud Ouest dans laquelle il révèle avoir traversé, au cours de l’hiver 2025-2026, une grave dépression avec des pensées suicidaires. Un témoignage rare, courageux, et nécessaire pour comprendre ce que le trail de haut niveau peut faire au mental d’un athlète, même des plus solides en apparence.

Un hiver au bord de l’irréparable

Dans ses propres mots, Marmissolle raconte être allé « au bout du bout, aux portes de l’enfer et de l’irréparable ». Des formulations qui ne laissent aucune ambiguïté sur la gravité de ce qu’il a traversé. Des mois de descente psychologique, loin des sentiers, loin des podiums, dans un isolement progressif que rien dans son palmarès ne laissait présager. Il avait déjà évoqué en avril 2026 une hospitalisation en psychiatrie de 12 jours, un épisode qu’il avait qualifié de moment charnière. Mais l’interview à Sud Ouest va plus loin encore.

Ce qui frappe dans son témoignage, c’est la lucidité. Pas de faux-semblant, pas de formules pudiques pour atténuer les faits. Beñat Marmissolle a failli ne pas être là. Cette réalité-là dépasse le cadre du sport. Elle interpelle sur les mécanismes silencieux qui mènent parfois les athlètes d’endurance jusqu’à cet endroit.

La pression du statut professionnel

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Ancien ingénieur dans l’aéronautique, Beñat Marmissolle a quitté son emploi pour devenir athlète trail professionnel, soutenu notamment par La Sportiva. Un choix fort, assumé, mais qui s’est accompagné d’une pression nouvelle, invisible de l’extérieur. Comme il l’a expliqué lors de prises de parole précédentes, devenir un athlète professionnel, c’est aussi devenir son propre produit marketing : gérer son image, ses sponsors, ses résultats, son calendrier, sa visibilité sur les réseaux sociaux. Le coureur libre se retrouve soudain redevable envers ses partenaires, son public, les médias.

Cette pression à la représentation est insidieuse. Elle ne ressemble pas à la fatigue physique ou à une blessure visible. Elle s’accumule, s’installe, ronge. Et dans le cas de Marmissolle, elle s’est combinée à d’autres facteurs pour créer un terrain mental particulièrement fragile.

Les troubles alimentaires : le vrai déclencheur

Dans plusieurs témoignages successifs depuis novembre 2025, Beñat Marmissolle a évoqué un rapport problématique à l’alimentation. Dans l’ultra-trail de haut niveau, la recherche du poids de forme est une obsession que beaucoup connaissent sans l’avouer. Courir plus vite, peser moins, optimiser chaque repas, chaque gramme. Cette logique de performance poussée à l’extrême peut finir par produire l’inverse de ce qu’elle promet : le corps se fragilise, le métabolisme se dérègle, le mental s’épuise.

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Chez Marmissolle, cette dérive s’est installée progressivement, comme il le décrit lui-même : non pas brutalement, mais lentement, presque silencieusement, à mesure que les exigences montaient et que les repères se brouillaient. Ce que le monde du trail appelle pudiquement « la gestion du poids » peut, dans certains cas, basculer dans des troubles alimentaires cliniques aux conséquences graves sur l’équilibre hormonal, cognitif et émotionnel.

Facteur identifiéManifestation chez Marmissolle
Pression du statut professionnelDevoir gérer image, sponsors, résultats et présence médiatique en continu
Troubles alimentairesRapport problématique à la nourriture dans un objectif de performance
Accusations de dopageDénonciation infondée après la TDS, choc psychologique violent
Isolement progressifDésocialisation liée à la surcharge d’entraînement et à la pression mentale
Addiction à la performanceSpirale entraînement-résultats-image impossible à briser seul

Le choc des accusations de dopage

Un épisode particulièrement douloureux ressort de ses prises de parole : les accusations de dopage qui ont circulé après son abandon à la TDS (UTMB), où il s’était effondré à dix kilomètres de l’arrivée, victime d’un mélange de déshydratation et d’hypoglycémie. Plutôt que de déclencher de l’empathie, cet abandon spectaculaire avait alimenté des rumeurs sans fondement sur les réseaux sociaux. « Ça m’a fracassé mentalement », avait-il confié. Ces mots résument à eux seuls à quel point l’espace public du trail peut devenir cruel pour un athlète déjà fragilisé.

Dans un milieu où les performances de certains sont scrutées, commentées, suspectées, la frontière entre analyse sportive et violence numérique devient parfois très mince. Pour un homme qui venait de s’effondrer physiquement sur un parcours qu’il maîtrisait, se retrouver accusé sans preuve constituait un traumatisme supplémentaire venant s’ajouter à une santé mentale déjà mise à rude épreuve.

L’ultra-trail, un monde qui fabrique des fragilités

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Au-delà du cas personnel de Beñat Marmissolle, son témoignage met en lumière des mécanismes systémiques propres à l’univers de l’ultra-trail. Lui-même, dans une prise de parole en novembre 2025, avait alerté sur les dérives d’un sport devenu parfois obsessionnel : « Même chez les amateurs, ça devient une addiction », avait-il déclaré. La médiatisation croissante, les réseaux sociaux, la surenchère des distances, la culture du dépassement constant : autant de paramètres qui fabriquent de la fragilité, pour les professionnels comme pour les coureurs du dimanche.

  • La multiplication des ultra-trails disponibles chaque année pousse certains à s’inscrire à des courses toujours plus longues, toujours plus tôt après la précédente
  • Les réseaux sociaux transforment chaque entraînement en performance publique, chaque résultat en validation sociale
  • La compression des temps de récupération, liée à la densification des calendriers, épuise les ressources mentales autant que physiques
  • Le tabou autour de la santé mentale empêche beaucoup d’athlètes de demander de l’aide avant d’atteindre un point de rupture

Une victoire à Snowdonia qui change de sens

Début mai 2026, Beñat Marmissolle remportait la course reine du festival de trail de Snowdonia, au Pays de Galles. Une victoire internationale, saluée par la communauté trail. Mais avec les révélations qui ont suivi, cette performance prend une autre dimension. Ce n’est plus simplement le retour en forme d’un grand coureur. C’est un homme qui, après avoir effleuré l’irréparable pendant des mois, a trouvé dans la préparation d’une course et dans ses objectifs sportifs un fil pour se raccrocher. Le sport n’est pas une thérapie à lui seul. Mais pour Marmissolle, il semble avoir constitué une partie du chemin vers la reconstruction.

L’UTMB et le Tor des Géants comme horizon

Regardant vers l’avenir, le traileur basque a évoqué un retour progressif sur les grandes courses de la saison 2026. L’UTMB et le Tor des Géants figurent parmi ses objectifs déclarés. Des courses extrêmes, sur des distances qui n’ont rien d’anodin pour un homme en reconstruction. Mais des objectifs qui témoignent surtout d’une envie de vivre, de courir, de se retrouver sur des sentiers qui l’ont construit.

Briser le tabou, enfin

Dans le trail français, les prises de parole sur la santé mentale restent encore rares. Les blessures musculaires, les fractures de fatigue, les abandons sur les grands courses : tout cela se raconte, se commente, se partage. La dépression, les pensées suicidaires, les hospitalisations en psychiatrie, non. En choisissant de parler, Beñat Marmissolle fait quelque chose de difficile et de nécessaire. Il montre que la fragilité mentale n’est pas une faiblesse de caractère. Elle peut toucher les plus solides, les plus titrés, les plus admirés.

Son témoignage résonnera longtemps dans une communauté trail qui court souvent vers l’avant sans jamais regarder ce qu’elle laisse derrière. L’UTMB 2026 sera peut-être l’occasion de voir Marmissolle sur une ligne de départ. Mais la vraie course, celle qu’il a gagnée cet hiver, n’avait ni chrono ni podium. Elle se jouait bien plus profondément, dans les recoins les plus sombres d’un homme qui a décidé de continuer.

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Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.

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