Le massif de Belledonne traverse un été 2026 endeuillé. En moins d’un mois, deux randonneurs y ont trouvé la mort : un jeune homme de 19 ans, retrouvé sans vie début juillet après plusieurs jours de recherches, puis un septuagénaire victime d’une chute fatale le dimanche 19 juillet près du lac de la Grande Sitre. Deux drames aux circonstances distinctes, sans aucun lien entre eux, mais qui rappellent avec brutalité qu’une sortie en montagne, même balisée et fréquentée, ne pardonne pas la moindre inattention. Retour détaillé sur ces accidents et sur ce que ce massif isérois, aussi splendide qu’exigeant, impose à celles et ceux qui le parcourent.
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Un été noir pour le massif de Belledonne

Difficile de rester insensible face à l’accumulation. Depuis le début de la saison estivale, la montagne iséroise a été le théâtre de plusieurs interventions dramatiques des secours, et Belledonne concentre à elle seule une part douloureuse de ce bilan. Selon les informations relayées par la presse locale, le randonneur décédé le 19 juillet serait déjà le troisième marcheur à perdre la vie dans le massif depuis le début de l’été.
Ce chiffre glace le sang, d’autant que les profils des victimes n’ont rien de commun : un adolescent tout juste sorti du lycée d’un côté, un homme de 70 ans entouré de compagnons de marche de l’autre. La montagne ne trie pas. Elle sanctionne parfois une glissade, un écart d’itinéraire, une seconde de déséquilibre, et l’issue devient irréversible.
La chute mortelle près du lac de la Grande Sitre
Un itinéraire classique mais jamais anodin
Dimanche 19 juillet, un homme de 70 ans originaire de l’agglomération grenobloise participait à une randonnée collective en direction du lac de la Grande Sitre, au-dessus du refuge de Pré Mollard. Les habitués du coin connaissent bien ce parcours : une course réputée accessible, empruntée la veille même par les coureurs de l’Ut4M, la grande traversée trail des quatre massifs grenoblois. Accessible ne veut pourtant pas dire inoffensif. Le sentier serpente à travers plusieurs passages exposés où la vigilance reste de mise, notamment aux abords des barres rocheuses qui dominent le vallon.
Un écart du groupe aux conséquences tragiques
À hauteur de la bergerie de la Sitre, également appelée habert de la Sitre, le septuagénaire s’est momentanément écarté de ses compagnons de marche. D’après les premiers éléments recueillis, il aurait alors rejoint une zone particulièrement escarpée avant de glisser. La chute qui a suivi s’est étendue sur plusieurs dizaines de mètres, à travers un terrain rocheux où aucun rétablissement n’était possible.
Des secours mobilisés en vain
Les témoins présents sur place ont réagi sans attendre, prodiguant les premiers gestes de secours et alertant immédiatement les services compétents. L’hélicoptère de la Sécurité civile a rapidement déposé les sauveteurs de la CRS Alpes accompagnés d’un médecin du Samu. Malgré leur intervention, l’homme se trouvait déjà en arrêt cardio-respiratoire à leur arrivée et n’a pas pu être réanimé. Une fin brutale pour une journée qui devait ressembler à tant d’autres partagées entre amis sur les sentiers.
La disparition de Lucas, 19 ans, retrouvé sous le Grand Doménon
Huit jours d’angoisse et de recherches
Quelques semaines plus tôt, un autre drame avait bouleversé la région. Lucas, un jeune Isérois de 19 ans, était parti marcher en solitaire le 24 juin dans Belledonne. Sa dernière localisation connue le situait dans le secteur de la Grande Lauzière. Puis plus rien. Aucun signe de vie, aucun message, un silence qui a déclenché une mobilisation massive des équipes de recherche spécialisées.
Le dénouement est tombé le 2 juillet : son corps a été découvert sous le pic du Grand Doménon, l’un des sommets emblématiques du massif. Les enquêteurs privilégient la piste d’une chute mortelle. Sa disparition avait suscité une émotion considérable dans toute la région grenobloise, où beaucoup avaient suivi les opérations de recherche jour après jour.
Deux accidents que rien ne relie
La tentation existe toujours de chercher un fil conducteur entre des drames survenus au même endroit. Ici, la prudence s’impose. Le premier accident concerne un marcheur isolé, parti seul sur des itinéraires d’altitude. Le second touche un homme intégré à une sortie collective, qui ne s’est éloigné du groupe que quelques instants. Les enquêtes n’établissent aucune connexion entre les deux événements, et tirer une conclusion générale sur leurs causes relèverait de la spéculation pure.
Un point commun demeure néanmoins, factuel et implacable : dans les deux cas, une chute en terrain montagneux a coûté une vie. Ce constat suffit à justifier un rappel des fondamentaux.
| Élément | Premier accident | Second accident |
|---|---|---|
| Victime | Lucas, 19 ans, Isérois | Homme de 70 ans, agglomération grenobloise |
| Dates | Disparu le 24 juin, retrouvé le 2 juillet | Décédé le 19 juillet |
| Lieu | Sous le pic du Grand Doménon | Bergerie de la Sitre, secteur du lac de la Grande Sitre |
| Contexte | Randonnée en solitaire | Sortie en groupe, écart momentané |
| Cause probable | Chute mortelle | Chute de plusieurs dizaines de mètres |
Pourquoi Belledonne mérite autant de respect
Ceux qui arpentent régulièrement les sentiers grenoblois le savent : Belledonne joue dans une catégorie à part. Ses lacs d’altitude aux eaux turquoise, ses crêtes minérales interminables et ses vallons sauvages attirent chaque saison une foule de randonneurs et de traileurs. Cette beauté brute a un revers. Le relief y est souvent technique et cassant, avec des pierriers instables, des pentes raides et des itinéraires parfois peu fréquentés où le moindre pépin peut vite tourner au cauchemar.
Contrairement à la Chartreuse ou au Vercors voisins, plus doux dans leurs approches, Belledonne impose d’emblée du dénivelé sec et des terrains qui demandent un pied sûr. Les organisateurs de l’Ut4M ne s’y trompent pas : la portion Belledonne de leur épreuve figure parmi les plus redoutées des coureurs.
Les réflexes qui sauvent en montagne
Sans jamais prétendre que ces précautions auraient changé le cours des drames de cet été, quelques principes fondamentaux réduisent significativement les risques sur ce type de terrain :
- Rester groupé lors des sorties collectives, particulièrement à proximité des zones exposées et des barres rocheuses.
- Prévenir un proche de son itinéraire précis et de son horaire de retour estimé avant tout départ en solitaire.
- Consulter la météo montagne et adapter son parcours en fonction des conditions du jour, jamais l’inverse.
- S’équiper correctement : chaussures à semelle adhérente, téléphone chargé, couverture de survie et de quoi s’alimenter.
- Renoncer sans état d’âme quand un passage semble au-dessus de son niveau, car le demi-tour reste la décision la plus courageuse en montagne.
Pensées sincères aux familles
Permettez une confidence de coureur : chaque annonce de ce genre serre le cœur de toute la communauté trail et rando. Nous connaissons ces sentiers, nous y avons transpiré, contemplé des levers de soleil, partagé des barres de céréales avec des inconnus croisés au détour d’un lac. Apprendre qu’un homme de 70 ans, probablement un amoureux de ces paysages depuis des décennies, y a laissé la vie à quelques mètres de ses amis, cela touche quelque chose d’intime.
Ces tragédies ne doivent pas transformer Belledonne en épouvantail. Le massif reste un terrain de jeu extraordinaire, généreux avec ceux qui le respectent. Elles invitent plutôt à une forme d’humilité retrouvée. La fréquentation des sentiers explose depuis quelques années, portée par l’engouement pour le trail et la randonnée, et cette démocratisation formidable s’accompagne parfois d’une sous-estimation du terrain. Un chemin emprunté par des centaines de coureurs la veille peut se révéler fatal le lendemain pour un marcheur expérimenté.
La montagne ne se conquiert jamais, elle se fréquente. Avec passion, avec joie, mais toujours avec cette pointe de lucidité qui fait la différence entre une belle journée et un drame. Nos pensées accompagnent les familles et les proches des deux victimes de cet été si sombre pour Belledonne.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.



