Imaginez la scène. Il est tard, la lune éclaire les sentiers de Haute-Maurienne, et une frontale supplémentaire surgit dans l’obscurité. Sous la casquette : Ludovic Pommeret, triple vainqueur de la Hardrock 100, venu partager quelques kilomètres nocturnes avec Nouchka Simic, en pleine tentative de record sur la Grande Traversée des Alpes. Quand une légende vivante de l’ultra-trail se transforme en accompagnateur de nuit pour soutenir une aventurière à mi-parcours de son défi, cela mérite qu’on s’y attarde.
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Un défi de 630 kilomètres entre le Léman et Nice

Rappelons d’abord le contexte. Nouchka Simic, diététicienne suivie par plus de 220 000 abonnés sur Instagram, s’attaque depuis plusieurs jours à un monstre : relier le lac Léman à Nice en courant, soit environ 630 kilomètres et 35 000 mètres de dénivelé positif le long des Alpes françaises. Son ambition ne se limite pas à rallier la Méditerranée : elle vise un nouveau temps de référence sur cet itinéraire mythique calqué sur le GR5.
Après un troisième jour éprouvant qui avait mis son corps et son moral à rude épreuve, la quatrième étape s’annonçait décisive. Au menu : 79 kilomètres et près de 3 500 mètres de dénivelé positif entre Bessans et Valfréjus, avec en ligne de mire le passage symbolique de la mi-parcours. C’est précisément dans cette phase charnière, celle où la fatigue accumulée commence à peser lourd, que le champion savoyard a fait son apparition.
Une visite nocturne qui a tout changé
C’est au cœur de la nuit que Ludovic Pommeret a rejoint la petite caravane qui escorte Nouchka Simic. L’atmosphère, racontent les images partagées avec la communauté, était étonnamment légère : on plaisante, on se chambre gentiment, notamment sur un épisode cocasse survenu un peu plus tôt, quand la coureuse s’est retrouvée près d’une heure sans frontale avant que le matériel des accompagnateurs ne vienne la dépanner. Preuve que même les aventures les mieux organisées gardent leur part d’improvisation.
Connaisseur intime de ce secteur de Savoie, Pommeret a guidé et rassuré la traileuse sur les portions nocturnes, avant de glisser un message aux milliers de personnes qui suivent l’aventure en direct : « C’est le quatrième jour… il reste encore un petit peu de chemin quand même. On est à peu près à la moitié. Le temps est plutôt sympa avec la lune… Bonne nuit à vous tous ! » Quelques mots simples, mais qui pèsent différemment quand ils sortent de la bouche d’un tel palmarès.
Pourquoi la présence de Pommeret compte autant

À 50 ans, le Savoyard vit une seconde jeunesse sportive qui force le respect. Quelques jours seulement avant cette apparition surprise, il décrochait dans le Colorado sa troisième victoire consécutive sur la Hardrock 100, en abaissant une nouvelle fois son propre record. Son CV donne le tournis :
- Vainqueur de l’UTMB 2016, l’une des consécrations suprêmes de la discipline
- Vainqueur de la Diagonale des Fous 2021, sur les sentiers volcaniques de la Réunion
- Vainqueur de la TDS 2022, autre épreuve majeure des sommets de l’UTMB Mont-Blanc
- Triple lauréat de la Hardrock 100 en 2024, 2025 et 2026, un exploit unique à son âge
Qu’un athlète de cette dimension consacre une partie de sa nuit à épauler une coureuse en plein défi personnel en dit long sur l’état d’esprit qui règne dans le milieu de l’ultra. On notera que la venue du champion n’a pas été expliquée publiquement : spontanée ou facilitée par leur environnement professionnel commun (les deux athlètes seraient représentés par la même agence), le mystère demeure. Mais qu’importe la genèse : sur le terrain, le geste est là, et son effet sur le moral de l’intéressée fut immédiat.
Un coup de boost au meilleur moment
Car les chiffres du soir parlent d’eux-mêmes. Alors qu’une réduction de l’étape avait été envisagée pour préserver les précieuses quatre heures de sommeil quotidiennes, les sensations retrouvées ont balayé les plans B. Au kilomètre 315, l’équipe d’assistance lâchait même un bulletin qui a fait sourire les suiveurs : « La journée se passe bien, la forme est là. Madame semble avoir des jambes de feu. »
Au dernier pointage, le tableau de bord de l’aventure affichait 323 kilomètres avalés, 17 923 mètres de dénivelé positif gravis, en 3 jours 18 heures et 37 minutes d’effort cumulé. Le cap de la moitié est franchi, l’étape a finalement été bouclée dans son intégralité, et la coureuse aborde la seconde partie de sa traversée avec un moral regonflé à bloc.
La transmission, l’autre visage de l’ultra-trail
Au fond, cette parenthèse nocturne raconte quelque chose de plus grand que quelques kilomètres partagés. Elle illustre cette culture de la transmission propre à l’ultra-distance, où les champions les plus titrés n’hésitent pas à endosser le rôle de soutien pour celles et ceux qui se lancent dans des projets fous. Pommeret n’est pas venu chercher la lumière : il est venu en donner, littéralement, sur des sentiers où sa protégée d’un soir venait justement d’en manquer.
La route reste longue jusqu’à Nice, et les massifs les plus rugueux du parcours, du Queyras au Mercantour, attendent encore Nouchka Simic. Mais elle abordera cette seconde moitié avec un souvenir précieux dans la musette : celui d’une nuit où l’un des plus grands ultra-traileurs de l’histoire a réglé son pas sur le sien. Dans un sport où le mental fait souvent la différence, ce genre de carburant ne se mesure ni en kilomètres ni en dénivelé.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.


