Ben Dhiman ne vient plus à Chamonix pour apprendre. Deuxième de l’UTMB en 2025 derrière Tom Evans, l’Américain installé dans les Pyrénées aborde l’édition 2026 avec une ambition devenue très claire : gagner. Son énorme volume d’entraînement, sa connaissance du terrain et sa progression sur les formats longs lui donnent de solides arguments. Reste un problème de taille, le plateau masculin sera l’un des plus relevés de l’année.
Ben Dhiman ne cache plus son objectif sur l’UTMB 2026

La deuxième place obtenue l’an dernier a changé quelque chose. Avant 2025, Ben Dhiman pouvait encore être présenté comme un coureur capable de créer une surprise sur l’UTMB. Désormais, ce vocabulaire ne tient plus vraiment.
Il sait qu’il peut jouer devant pendant près de vingt heures. Mieux encore, il sait qu’il peut rester en mesure de gagner jusque très tard dans la course.
Cette expérience a transformé son approche mentale. Après deux abandons consécutifs en 2023 et 2024, terminer deuxième en 2025 lui a apporté une validation essentielle. Il n’a plus besoin de se demander s’il possède le niveau pour réussir autour du Mont Blanc.
L’objectif 2026 est donc la victoire. Pas un top 5, pas un nouveau podium, pas une journée propre. La première place.
Une deuxième place en 2025 qui a tout changé
En 2025, Ben Dhiman avait bouclé l’UTMB en 19 h 51 min 37 s. Seul Tom Evans avait réussi à terminer devant lui, avec un peu plus d’une demi heure d’avance.
Ce résultat venait confirmer une saison déjà très solide, marquée notamment par des victoires sur le Grand Raid Ventoux et le Lavaredo 120K.
Mais l’UTMB possède une valeur différente. Finir deuxième à Chamonix signifie avoir passé une nuit entière à gérer les ascensions, les descentes, l’alimentation, les transitions et la pression d’une course où chaque faiblesse finit par apparaître.
Dhiman connaît désormais ces sensations. Il sait aussi à quel moment il avait commencé à perdre en efficacité.
C’est probablement la donnée la plus intéressante de sa préparation 2026 : au lieu de chercher simplement à devenir plus rapide, il a travaillé pour être plus résistant lorsque la fatigue devient vraiment profonde.
Plus de 200 km d’entraînement par semaine

Le volume annoncé donne une idée de l’ambition. Sur les six dernières semaines de son gros bloc de préparation, Ben Dhiman a tourné autour de 25 heures d’entraînement hebdomadaires.
Cela représente environ 200 kilomètres par semaine et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif. Une charge massive, même à l’échelle du trail de très haut niveau.
En juillet, il a dépassé les 100 heures d’entraînement. L’année précédente, il n’avait pas atteint 60 heures sur la même période.
Cette hausse n’a rien d’un concours de volume publié sur Strava. Elle répond à un problème identifié après l’édition précédente : son dernier tiers de course avait été moins solide que le reste.
Le mot clé de sa préparation est donc la durabilité. L’idée consiste à être capable de conserver une mécanique efficace après quinze ou dix huit heures d’effort, précisément au moment où l’UTMB commence souvent à se gagner.
Pourquoi ce travail de durabilité peut faire la différence
Sur un ultra de 174 km, les premiers écarts racontent rarement toute l’histoire. Plusieurs favoris sont encore capables de courir vite après Courmayeur. Beaucoup moins le sont après Champex Lac ou Vallorcine.
C’est là que la notion de durabilité devient intéressante. Elle ne consiste pas seulement à être endurant. Elle décrit la capacité à conserver ses qualités physiques alors que l’organisme accumule les heures, les descentes et les milliers de mètres de dénivelé.
Un coureur peut avoir une excellente vitesse de base et perdre énormément de rendement après quinze heures. À l’inverse, celui qui parvient encore à courir correctement dans les portions roulantes du final peut reprendre plusieurs minutes sans produire une accélération spectaculaire.
Dhiman a clairement construit sa préparation autour de ce scénario.
Le 90 km du Mont Blanc comme répétition générale
Fin juin, Ben Dhiman a également envoyé un signal intéressant sur le 90 km du Mont Blanc.
Il a terminé deuxième en 9 h 38 min 02 s, seulement 40 secondes derrière Louison Coiffet. La course proposait près de 89 km et plus de 6 000 mètres de dénivelé positif, sur un terrain alpin particulièrement exigeant.
Dhiman n’avait pourtant pas allégé son entraînement pour arriver frais. Il utilisait cette compétition comme une étape de préparation au milieu d’un gros bloc de charge.
C’est ce qui rend la performance intéressante. Terminer quasiment au contact du vainqueur sans avoir construit de pic de forme spécifique suggère que son niveau de base est déjà élevé.
Pour lui, le résultat a surtout servi de validation. Le travail fonctionnait et il pouvait continuer à accumuler les semaines avant de réduire progressivement le volume à l’approche de l’UTMB.
Les Pyrénées comme camp de base
Ben Dhiman possède une particularité parmi les grands favoris américains : il vit en France, dans les Pyrénées.
Ce choix lui permet de s’entraîner quotidiennement sur un terrain raide et technique sans avoir besoin de passer tout l’été autour de Chamonix.
Il apprécie aussi la distance avec l’agitation qui précède l’UTMB. À mesure que la fin août approche, la vallée de Chamonix devient un immense village mondial du trail, avec les équipes, les médias, les marques et les milliers de coureurs.
Rester dans les Pyrénées lui permet de conserver un environnement plus calme et de passer davantage de temps avec sa famille.
Sportivement, le massif convient également très bien à la préparation. Les montées sont raides, les sentiers techniques et les températures estivales peuvent être supérieures à celles rencontrées dans les Alpes. Il ne prévoit de rejoindre le terrain de l’UTMB que dans les derniers jours afin de réaliser les ultimes adaptations.
Une préparation massive, mais avec peu d’intensité
Accumuler plus de 100 heures d’entraînement en un mois pourrait faire penser à une stratégie à haut risque. Dhiman insiste pourtant sur un point : il a volontairement limité les séances très intenses.
Son bloc repose davantage sur une immense quantité d’effort maîtrisé que sur la répétition de séances violentes.
C’est une distinction importante. Sur un 100 miles alpin, la capacité à soutenir longtemps une intensité modérée possède davantage de valeur que quelques performances brillantes sur des séances courtes.
Pour l’instant, son corps semble bien avoir encaissé cette charge. Il affirme même se sentir physiquement mieux qu’en 2025 malgré un volume largement supérieur.
| Repère | Donnée |
|---|---|
| UTMB 2025 | 2e en 19 h 51 min 37 s |
| Objectif 2026 | La victoire |
| Volume récent | Environ 25 h par semaine |
| Distance hebdomadaire | Environ 200 km |
| Dénivelé hebdomadaire | Plus de 10 000 m D+ |
| 90 km du Mont Blanc 2026 | 2e à 40 secondes de Louison Coiffet |
| Point travaillé | Résistance à la fatigue en fin de course |
Kilian Jornet vs Ben Dhinam : Qui l’emporte ?

L’édition 2026 offrira aussi à Ben Dhiman une confrontation qu’il n’a encore jamais vécue sur l’UTMB : courir face à Kilian Jornet.
Il ne veut pourtant pas construire sa stratégie autour du Catalan. Sur une course d’environ vingt heures pour les meilleurs, passer son temps à surveiller un autre coureur peut devenir une manière assez efficace de perdre son propre plan de course.
La présence de Jornet reste évidemment particulière. Affronter l’un des plus grands traileurs de l’histoire sur le tour du Mont Blanc représente un repère fort dans une carrière.
Mais Dhiman insiste davantage sur la nécessité de rester concentré sur lui même, son rythme, son alimentation et son exécution.
Vincent Bouillard est probablement son rival le plus complet

Si Ben Dhiman possède aujourd’hui le niveau pour gagner, Vincent Bouillard représente peut être le dossier le plus inquiétant pour lui.
Le Français connaît déjà la recette puisqu’il a remporté l’UTMB en 2024. Il a ensuite ajouté une référence énorme à son palmarès en gagnant la Western States 2026 en 13 h 46 min 15 s.
Bouillard combine donc exactement les deux qualités recherchées : la connaissance de l’UTMB et une vitesse de très haut niveau sur 100 miles.
Pour Dhiman, battre le Français ne passera probablement pas par une attaque spectaculaire très tôt. Il faudra surtout être encore capable d’accélérer dans la deuxième moitié, lorsque le travail de durabilité réalisé pendant l’été devra commencer à produire ses effets.
Caleb Olson apporte encore une autre menace américaine
Caleb Olson constitue lui aussi une menace évidente.
Vainqueur de la Western States 2025 en 14 h 11 min 25 s, il a déjà prouvé qu’il pouvait dominer un 100 miles face aux meilleurs mondiaux.
Son interrogation concerne davantage le terrain alpin. La Western States reste extrêmement exigeante, mais l’UTMB demande presque 10 000 mètres de dénivelé positif et une gestion beaucoup plus technique des longues descentes.
Dhiman possède ici un avantage d’expérience. Il a déjà vécu plusieurs éditions du tour du Mont Blanc et sait ce qui l’attend après Courmayeur.
Olson dispose probablement de davantage d’inconnues, mais sa vitesse suffit largement à le placer parmi les candidats à la victoire.
Jim Walmsley et les autres empêchent tout calcul simple
Limiter la course à Dhiman, Bouillard et Olson serait évidemment trop confortable.
Jim Walmsley connaît déjà le goût d’une victoire à Chamonix. Kilian Jornet possède quatre succès sur l’UTMB. Baptiste Chassagne a déjà terminé deuxième. Hannes Namberger offre une régularité impressionnante sur les grands ultras alpins.
Le problème pour Ben Dhiman n’est donc pas de trouver un seul homme à battre. Il devra survivre à une densité exceptionnelle de prétendants.
Cela pourrait paradoxalement servir sa stratégie. Avec autant de favoris, personne n’est obligé de porter seul le rythme pendant les premières heures.
Son expérience de 2025 peut devenir son meilleur avantage
Ben Dhiman possède désormais quelque chose qu’il n’avait pas au départ il y a deux ans : une expérience positive complète de l’UTMB.
Les abandons de 2023 et 2024 lui avaient appris ce qui pouvait mal tourner. La deuxième place de 2025 lui a montré ce qui fonctionnait.
Il sait à présent comment son corps réagit après une nuit, comment gérer les longues portions autour du massif et à quel moment son rendement commence habituellement à diminuer.
Cette accumulation d’informations vaut énormément. Sur l’UTMB, l’expérience ne rend pas plus rapide dans une montée, mais elle permet souvent de perdre moins de temps partout ailleurs.
Ben Dhiman peut il réellement gagner l’UTMB 2026 ?
Oui, clairement. Sa deuxième place de 2025 suffit déjà à répondre à la question. Sa préparation 2026 apporte même plusieurs arguments supplémentaires.
Il arrive avec davantage de volume, un travail ciblé sur sa faiblesse principale et une confiance renforcée par son résultat sur le 90 km du Mont Blanc.
La vraie interrogation concerne maintenant sa capacité à transformer toute cette charge en fraîcheur le jour du départ. Faire beaucoup est utile uniquement si le corps a le temps d’assimiler.
Le programme de fin de préparation devient donc presque aussi important que les six semaines précédentes. Le plus gros du travail est fait. Désormais, Dhiman doit arriver vendredi 28 août avec des jambes qui ont envie de courir plutôt qu’avec le souvenir de 200 kilomètres hebdomadaires.
Cette fois, le podium ne suffirait probablement plus
En 2025, une deuxième place représentait une confirmation immense après deux abandons. En 2026, le même résultat n’aurait plus exactement la même saveur.
Dhiman a changé de catégorie. Il n’est plus seulement un candidat crédible au podium. Il fait partie des hommes qui peuvent raisonnablement considérer une deuxième place comme une occasion manquée.
C’est le prix de la progression au plus haut niveau.
Ben Dhiman prendra donc le départ de l’UTMB 2026 avec une certitude nouvelle : il sait qu’il peut réussir cette course. Il a augmenté son volume, travaillé sa résistance à la fatigue et construit sa saison pour être plus fort dans les dernières heures.
Il lui reste désormais la partie la plus simple à écrire et la plus difficile à réaliser : passer de deuxième à premier. Avec Bouillard, Olson, Jornet, Walmsley et les autres autour de lui, gagner demandera probablement la course la plus aboutie de sa carrière.
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