La réponse est aussi rapide que son chrono : oui, François d’Haene a bien repris le record du GR20, et il l’a fait de la manière la plus spectaculaire possible. Parti mercredi à 4h30 de Calenzana, le Savoyard a rejoint Conca ce jeudi matin en 29h46, effaçant le précédent record détenu depuis 2021 par Lambert Santelli en 30h25. Un temps qui entre directement dans la légende du trail européen.
Dix ans après avoir déjà inscrit son nom sur le GR20, François D’Haene a de nouveau marqué l’histoire de l’alta strada. Et cette fois, il ne s’est pas contenté de reprendre le titre : il a explosé la barrière psychologique que tout le monde jugeait quasiment infranchissable.
Sommaire
Une phrase qui glace le sang avant le départ
Ce qui frappe d’abord, ce n’est pas la performance, mais l’humain derrière l’exploit. La veille, le départ s’était fait dans l’émotion, avec un dernier câlin à ses proches, puis ces quelques mots lâchés avant de s’élancer dans la nuit : « J’ai peur d’y aller. »
Une confession rare pour un athlète de ce calibre, quadruple vainqueur de l’UTMB et déjà auteur d’un précédent record sur ce même sentier. Cette fragilité assumée, juste avant d’affronter 180 kilomètres et près de 13 000 mètres de dénivelé, donne une tout autre dimension à ce qui allait suivre.
Le premier homme à passer sous les 30 heures

Sur le plan chronométrique, l’exploit est historique. Avec ce nouveau temps de référence de 29h46, François d’Haene devient le premier homme à faire tomber la barrière mythique des 30 heures. Une performance qui vient boucler une boucle personnelle ouverte dix ans plus tôt.
Il referme ainsi la boucle ouverte en 2016, lorsqu’il avait déjà battu le record de l’itinéraire en 31h06. Deux records, dix ans d’écart, et un même homme qui continue de dominer ce sentier corse réputé comme l’un des plus techniques d’Europe.
| Année | Recordman | Temps réalisé |
|---|---|---|
| 2016 | François d’Haene | 31h06 |
| 2021 | Lambert Santelli | 30h25 |
| 2026 | François d’Haene | 29h46 |
Une avance impressionnante dès les premières heures
Dès le début de sa tentative, François d’Haene a imposé un rythme redoutable. Accompagné en permanence par deux pacers, le quadruple vainqueur de l’UTMB a rapidement trouvé son rythme. Mercredi matin, il se trouvait dans les Cascitoni avec 20 minutes d’avance sur son prévisionnel.
La suite du parcours a confirmé cette dynamique. Il rejoint le Fer à Cheval de Vergio à 12h32, où il faisait pointer son carnet toujours en avance sur son timing, et surtout toujours en pleine forme pour rejoindre Vizzavona. Un passage marquant, puisqu’il y était attendu mercredi soir aux alentours de 20h30 par son épouse, ses enfants et de nombreuses personnes venues l’acclamer.
- Départ de Calenzana mercredi à 4h30
- Passage aux Cascitoni avec 20 minutes d’avance
- Fer à Cheval de Vergio franchi à 12h32, toujours en avance
- Arrivée émouvante à Vizzavona vers 20h30, accueilli par sa famille
- Passage à Bavella jeudi à 7h50, avec 19 minutes d’avance
- Arrivée finale à Conca en 29h46
La partie sud, le vrai piège du GR20
Franchir Vizzavona ne signifiait pourtant pas que la course était gagnée. Il en avait alors terminé avec la partie nord, la plus technique du GR20. Restait alors la partie sud, plus roulante mais loin d’être acquise, à traverser de nuit, avec la fatigue, le froid et les longues heures d’effort déjà accumulées.
C’est précisément dans ce genre de portion, en pleine nuit et après plus de vingt heures d’effort, que les plus grandes tentatives peuvent s’effondrer. Mais François D’Haene n’a jamais lâché.
Bavella, le dernier grand point de contrôle
À l’approche de l’arrivée, un témoignage vient confirmer à quel point le coureur maîtrisait encore sa course. François D’Haene aura tenu son tableau de marche, pointant encore à Bavella à 7h50 avec beaucoup de sérénité. Jean Santori, le contrôleur FFME qui a validé son passage sur son carnet de route, a d’ailleurs livré un témoignage éclairant sur son état à ce moment précis : « Il est resté trois minutes puis est reparti très frais avec 19 minutes d’avance sur son prévisionnel. »
Un tel commentaire, venant d’un observateur officiel présent sur le terrain, en dit long sur la gestion parfaite de l’effort réalisée par le Savoyard jusque dans les derniers kilomètres.
Un nom gravé deux fois dans l’histoire du GR20
Jusqu’à Conca, il a réussi à conserver son avance pour reprendre un record qu’il avait perdu en 2021 lorsque Lambert Santelli avait traversé l’alta strada en 30h25. Son nom apparaîtra donc deux fois sur le palmarès du GR20, un fait rarissime sur ce type d’itinéraire mythique.
Dix ans plus tard, il inscrit à nouveau son nom au palmarès du GR20. Une performance qui confirme, si besoin était, que l’âge n’a en rien altéré sa capacité à dominer les plus grands défis du trail mondial.
Déjà un prochain défi annoncé pour septembre
L’histoire du GR20 ne s’arrête pourtant pas là. Quelques mois avant que le Haut-Savoyard Aurélien Dunand-Pallaz ne vienne à son tour titiller les balises rouges et blanches, le suspense reste entier. Rendez-vous est déjà pris pour la rentrée, avec une nouvelle tentative annoncée au mois de septembre.
De quoi maintenir l’attention de toute la communauté du trail sur ce sentier corse, qui continue décidément d’écrire certaines des plus belles pages de l’ultra-trail mondial, une balise après l’autre.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.


