Anne-Lise Rousset vient de réussir l’un de ses plus beaux défis personnels. La recordwoman du GR20, championne de France de trail 2023 et désormais retraitée de la compétition professionnelle, a bouclé les 69 kilomètres et 4 800 mètres de dénivelé positif reliant Val d’Isère au sommet du Grand Paradis en 11 heures et 21 minutes. Un exploit réalisé ce jeudi 30 juillet 2026, avec seulement neuf minutes de retard sur son objectif initial de 11h30. Une performance qui prouve que la passion de la course ne s’arrête jamais vraiment, même après l’annonce d’une retraite sportive.
Sommaire
Un défi personnel qui dépasse la compétition
Anne-Lise Rousset n’a pas choisi ce parcours par hasard. Relier Val d’Isère au sommet du Grand Paradis, perché à 4 061 mètres d’altitude, représente bien plus qu’une simple sortie d’entraînement. C’est un projet mûri depuis des mois, une aventure personnelle qui incarne sa nouvelle philosophie de course : courir pour le plaisir, pour le défi, pour cette connexion viscérale avec la montagne qui l’a toujours animée. Pas de dossard, pas de chronométrage officiel, pas de pression médiatique. Juste elle, son corps, son esprit et cette envie de repousser ses propres limites.
Un parcours d’exception entre France et Italie
L’itinéraire choisi par Anne-Lise est un véritable bijou d’ultra-trail alpin. Soixante-neuf kilomètres qui traversent la frontière franco-italienne, passant des pentes familiares de Val d’Isère aux glaciers immaculés du parc national du Grand Paradis. Quatre mille huit cents mètres de dénivelé positif qui emmènent les coureurs à travers des paysages à couper le souffle : alpages fleuris, moraines glaciaires, cols aériens et enfin le toit du Grand Paradis, plus haut sommet entièrement italien.
Le départ est donné à 6 heures du matin depuis Val d’Isère, une heure qui permet de profiter de la fraîcheur matinale et d’éviter les heures les plus chaudes de la journée. Anne-Lise est accompagnée de Tiphaine Bazile, une coureuse expérimentée qui joue le rôle de paceuse. Une présence précieuse pour maintenir l’allure, gérer les moments de doute et partager cette aventure hors norme. Deux femmes, un même objectif, une même passion qui les unit sur ces sentiers d’exception.
11h21 : neuf minutes de retard sur l’objectif, mais quelle satisfaction

L’arrivée au sommet du Grand Paradis est prévue autour de 17h30, soit un temps de course de 11h30 selon l’objectif initial. Anne-Lise franchit la ligne symbolique du sommet en 11 heures et 21 minutes, avec seulement neuf minutes de retard sur son chrono cible. Une marge négligeable sur un parcours aussi exigeant, qui témoigne d’une gestion d’effort exemplaire et d’une préparation minutieuse. Le sourire aux lèvres, les yeux brillants d’émotion, elle savoure cet instant unique où l’effort se transforme en accomplissement.
Ce temps de 11h21 pour 69 km et 4 800 m D+ représente une allure moyenne impressionnante de près de 6 km/h sur un terrain technique, en altitude, avec des passages glaciaires et des sections exposées. Une performance qui se situe dans la fourchette haute des meilleurs spécialistes d’ultra-trail alpin. Pour Anne-Lise, c’est la preuve qu’elle a conservé tout son niveau, même après l’annonce de sa retraite de la compétition professionnelle. La montagne ne ment jamais : elle sanctionne ou récompense, et cette fois, elle a clairement récompensé.
| Point de passage | Altitude | Kilomètre |
|---|---|---|
| Val d’Isère (départ) | 1 850 m | 0 km |
| Col de la Leisse | 2 775 m | 15 km |
| Refuge du Carro | 2 825 m | 25 km |
| Col du Grand Paradis | 3 575 m | 40 km |
| Refuge Vittorio Emanuele | 2 732 m | 50 km |
| Sommet du Grand Paradis | 4 061 m | 69 km |
Tableau récapitulatif des principaux points de passage du défi Grand Paradis d’Anne-Lise Rousset.
Une performance qui illustre sa nouvelle philosophie
Ce défi du Grand Paradis s’inscrit parfaitement dans la nouvelle philosophie de course d’Anne-Lise Rousset. Depuis l’annonce de sa retraite de la compétition professionnelle fin 2025, la Française a choisi de courir sans pression, sans objectif de performance imposé, simplement pour le plaisir et le ressenti. Mais force est de constater que cette approche « libre » ne l’empêche pas de réaliser des performances exceptionnelles. Bien au contraire.
Retraitée mais toujours au sommet
La retraite n’a pas émoussé les capacités d’Anne-Lise. Sa sixième place aux Championnats du monde de trail long en septembre 2025, à seulement quelques semaines de l’annonce de son retrait, avait déjà démontré qu’elle aurait pu continuer si elle l’avait souhaité. Ce défi du Grand Paradis confirme cette impression : la championne est toujours là, avec la même puissance, la même endurance, la même capacité à gérer l’effort sur la distance.
Ce qui a changé, c’est le rapport à la performance. Anne-Lise ne court plus pour les dossards, les podiums ou les classements. Elle court pour elle-même, pour cette sensation unique de liberté en montagne, pour ces moments de grâce où le corps et l’esprit ne font qu’un. Une approche qui pourrait sembler paradoxale pour une athlète de son niveau, mais qui révèle une maturité rare. Elle a compris que la vraie performance ne se mesure pas seulement aux chronos, mais aussi au plaisir ressenti et à l’accomplissement personnel.
Un symbole fort pour la suite de sa carrière
Le choix du Grand Paradis n’est pas anodin. Ce sommet mythique, plus haut sommet entièrement italien, représente un symbole puissant. C’est un objectif qui fait rêver tous les amateurs d’ultra-trail alpin, un défi qui nécessite une préparation physique et mentale sans faille. En réussissant ce parcours en 11h21, Anne-Lise envoie un message clair : la retraite de la compétition ne signifie pas la fin des défis.
Cette performance ouvre la voie à de nouveaux projets personnels, des aventures qui échappent au cadre traditionnel de la compétition. FKT (Fastest Known Time) sur des parcours mythiques, traversées d’exception, expéditions en altitude : autant de défis qu’Anne-Lise pourrait envisager dans les mois et années à venir. Des projets qui lui permettraient de continuer à repousser ses limites, mais cette fois sans la pression des échéances sportives et des impératifs de calendrier.
Le Grand Paradis : un sommet mythique à 4 061 mètres
Le Grand Paradis n’est pas n’importe quel sommet. Perché à 4 061 mètres d’altitude, il domine le parc national italien qui porte son nom, le plus ancien parc national d’Italie créé en 1922. Un massif emblématique des Alpes grées, à la frontière entre la Savoie française et le Piémont italien. Un terrain de jeu grandiose qui attire les alpinistes et les traileurs du monde entier, séduits par la beauté sauvage de ses glaciers et la technicité de ses arêtes.
Un parcours technique et engagé
Atteindre le sommet du Grand Paradis depuis Val d’Isère ne se résume pas à une simple course d’endurance. C’est un parcours technique qui nécessite une solide expérience de la montagne. Traversée de glaciers, progression sur crampons, passages sur arêtes exposées, gestion de l’altitude : autant de défis qui font de ce parcours une aventure complète, bien au-delà du simple trail. Anne-Lise a dû mobiliser toutes ses compétences, pas seulement sa condition physique de coureuse d’élite.
L’altitude ajoute une difficulté supplémentaire. Au-delà de 3 500 mètres, l’air se raréfie, l’oxygène devient plus rare, et chaque effort demande plus d’énergie. Le corps doit s’adapter en permanence, gérer l’hypoxie, maintenir l’équilibre sur des terrains instables. Une épreuve qui teste autant la résistance physique que la force mentale. Anne-Lise, habituée aux courses en altitude, a su gérer ces contraintes avec brio, préservant ses ressources pour le final au sommet.
Une aventure qui se vit en équipe
Même si le défi est personnel, Anne-Lise ne s’est pas lancée seule à l’assaut du Grand Paradis. La présence de Tiphaine Bazile comme paceuse a joué un rôle crucial dans la réussite de ce projet. Une coureuse expérimentée pour accompagner, encourager, relayer dans les moments difficiles. Deux femmes unies par la même passion, partageant les mêmes doutes et les mêmes joies sur ces sentiers d’exception.
Cette dimension collective rappelle que l’ultra-trail, même dans sa forme la plus personnelle, reste une aventure humaine. Les lièvres, les équipes d’assistance, les supporters sur le parcours : autant de présences qui font la richesse de cette discipline. Anne-Lise l’avait déjà expérimenté lors de son record du GR20 en 2022, où deux coureurs l’avaient accompagnée jour et nuit sur les 170 kilomètres corses. Une philosophie du partage qui donne tout son sens à l’effort.
- 69 kilomètres de sentiers entre France et Italie
- 4 800 mètres de dénivelé positif pour atteindre le toit du Grand Paradis
- 4 061 mètres d’altitude maximale au sommet mythique
- 11 heures et 21 minutes de course pour boucler le défi
- Neuf minutes de retard seulement sur l’objectif initial de 11h30
- Une paceuse : Tiphaine Bazile pour accompagner l’aventure
Un exploit qui inspire toute une génération
La performance d’Anne-Lise Rousset sur le Grand Paradis dépasse le simple cadre sportif. C’est une source d’inspiration pour toutes ces femmes et ces hommes qui cherchent à concilier passion, famille et carrière. Vétérinaire de métier, maman d’un petit garçon, ancienne championne de haut niveau : Anne-Lise incarne cette possibilité de vivre plusieurs vies en même temps, sans renoncer à ses rêves les plus fous.
Un modèle pour les traileuses en devenir
Le parcours d’Anne-Lise Rousset force le respect. Entrée dans le trail par le raid nature en 2011, elle a construit sa carrière pas à pas, avec patience et détermination. Record féminin du GR20 en 35h50, championne de France de trail 2023, multiple vainqueur sur des distances de 50 à 100 kilomètres : son palmarès est l’un des plus riches du trail féminin français. Mais au-delà des titres, c’est son humanité et son authenticité qui marquent ceux qui la suivent.
Ce défi du Grand Paradis montre qu’il est possible de continuer à se dépasser, même après l’annonce d’une retraite. Qu’il n’y a pas d’âge pour se lancer des défis. Que la montagne reste accessible à tous ceux qui la respectent et la préparent avec sérieux. Une leçon de vie qui dépasse largement le cadre du trail, et qui résonne particulièrement dans une époque où la performance est souvent confondue avec la compétition.
La montagne comme horizon infini
Anne-Lise Rousset l’a compris : la montagne ne sera jamais conquise. On peut y réaliser des exploits, y battre des records, y vivre des aventures exceptionnelles. Mais elle reste toujours plus grande, plus forte, plus belle que tous ceux qui la foulent. Ce défi du Grand Paradis n’est qu’une étape dans un parcours personnel qui ne s’arrêtera jamais vraiment. La montagne appelle, toujours, ceux qui ont goûté à sa liberté.
La performance d’Anne-Lise sur le Grand Paradis marque un nouveau chapitre de sa relation avec la course. Fini la pression des dossards, des classements et des impératifs de calendrier. Place aux défis personnels, aux aventures authentiques, à cette connexion viscérale avec la nature qui l’a toujours animée. Une retraite qui ressemble davantage à une renaissance, une fin qui ouvre mille nouveaux commencements.
Photo : Garis Gentet
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.


