La course féminine de l’UTMB 2026, dont le départ sera donné le 28 août à 17h45 à Chamonix sur 174 kilomètres et environ 9 900 mètres de dénivelé positif, s’annonce comme l’édition la plus indécise depuis de nombreuses années. Courtney Dauwalter, triple lauréate de l’épreuve en 2019, 2021 et 2023, demeure la référence absolue de l’ultra-trail mondial, mais sa dixième place de l’an dernier a durablement redistribué les certitudes. Ruth Croft, tenante du titre, Rachel Entrekin, révélation planétaire de la saison 2026, Blandine L’Hirondel et Katharina Hartmuth possèdent chacune des arguments solides et objectifs pour lui contester la victoire. C’est une configuration inédite depuis plusieurs éditions.
Sommaire
- 1 Ce que l’édition 2025 a réellement changé dans la hiérarchie
- 2 Dauwalter à 41 ans : les raisons de la maintenir quand même en tête
- 3 Quatre rivales avec de vraies munitions pour cette édition
- 4 Tableau des cinq favorites avant le départ selon Quentin
- 5 Trois scénarios de course pour une édition imprévisible
- 6 Notre pronostic avant le 28 août
- 7 Les sujets tendances
Ce que l’édition 2025 a réellement changé dans la hiérarchie
Pendant plusieurs saisons, la course féminine autour du Mont-Blanc fonctionnait selon une logique quasi immuable. Quatre participations avant cette édition 2026, dont trois victoires consécutives, en 2019, 2021 puis 2023 : le bilan de Dauwalter sur ce parcours ressemblait à une aberration statistique. Tenter un pronostic sur la gagnante relevait presque de l’exercice rhétorique.
L’édition 2025 a fissuré ce socle avec une brutalité que les chiffres résument bien. Après avoir longtemps occupé les premières positions, l’Américaine a glissé progressivement vers le bas du peloton de tête pour finalement rejoindre Chamonix en dixième position, en 25 heures 50 minutes et 38 secondes, à plus de six heures de la gagnante. Pris isolément, ce résultat resterait tout à fait honorable pour n’importe quelle autre traileuse. Appliqué à Dauwalter, il a modifié quelque chose de fondamental dans la perception collective.
Ses adversaires ne cherchent plus seulement à espérer une défaillance. Certaines arrivent à Chamonix avec la conviction qu’elles peuvent la battre dans des conditions normales de course. Cette nuance psychologique est loin d’être anodine sur une épreuve de cette durée, où la confiance en ses propres capacités influence directement la gestion de l’effort.
| Édition | Classement féminin | Temps |
|---|---|---|
| UTMB 2019 | 1re | 24 h 34 min 26 s |
| UTMB 2021 | 1re | 22 h 30 min 54 s |
| UTMB 2023 | 1re | 23 h 29 min 14 s |
| UTMB 2025 | 10e | 25 h 50 min 38 s |
Légende : quatre participations enregistrées avant l’édition 2026, pour trois victoires et une contreperformance marquante.
Dauwalter à 41 ans : les raisons de la maintenir quand même en tête
Écarter Courtney Dauwalter des pronostics serait une erreur d’analyse, pas une posture courageuse. Son palmarès exceptionnel et sa saison 2026 plaident clairement pour elle, et sa Hardrock a tout changé dans la perception de son état de forme.
La Hardrock, thermomètre d’une forme toujours au sommet
Le 10 juillet 2026, elle a remporté la Hardrock 100 en 26 heures 3 minutes et 10 secondes, terminant cinquième au classement général sur 161 kilomètres et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif dans les Rocheuses. Ce n’est pas le genre de performance que l’on aligne en phase de déclin. Sur l’un des ultras montagneux les plus sélectifs du calendrier nord-américain, elle demeure capable de chronos que très peu de femmes au monde peuvent approcher.
Son UTMB Index de 859 la maintient au deuxième rang mondial, juste derrière Katie Schide (864 points), ce qui confirme objectivement qu’elle appartient toujours au sommet de la hiérarchie. L’argument d’une Dauwalter définitivement sur le déclin s’est singulièrement fragilisé depuis juillet.
La mémoire du parcours, arme secrète sur 174 km
Au-delà des statistiques, Dauwalter possède quelque chose qu’aucune autre favorite à ce jour n’a encore acquis : une connaissance intime du terrain de l’UTMB. Les montées interminables vers les cols d’altitude, les descentes qui décapitent les quadriceps à mi-nuit, les enchaînements techniques entre les refuges italiens et le retour vers Chamonix… tout cela, elle l’a traversé quatre fois, dont trois avec la victoire.
Cette mémoire musculaire et tactique ne garantit rien, l’édition 2025 l’a prouvé avec une certaine brutalité. Mais dans une course où les différences physiques entre les premières peuvent être ténus au moment décisif, savoir exactement ce qui attend autour du prochain virage peut peser sur l’issue finale. À 41 ans, elle aborde sans doute chaque grande épreuve avec encore plus de lucidité qu’à ses débuts à Chamonix.
Il serait d’ailleurs possible de retourner la lecture de sa défaite sur la Cocodona. Oui, Rachel Entrekin l’a largement dominée. Mais Dauwalter a tout de même parcouru plus de 400 km en moins de 62 heures, avant de revenir quelques semaines plus tard gagner la Hardrock. En matière de capacité de récupération et de tolérance aux charges monstrueuses, le signal est plutôt rassurant.
La vraie réserve concerne justement cette accumulation. Une saison riche fournit des certitudes, mais chaque ultra laisse une trace. À 100 pour cent de ses capacités, Courtney reste capable d’écraser une course. À 97 pour cent, face à plusieurs femmes de classe mondiale, les trois petits points manquants peuvent soudain peser très lourd.
Quatre rivales avec de vraies munitions pour cette édition

La nouveauté de 2026 n’est pas tant la présence de challengers, mais la qualité et la diversité des arguments que chacune d’elles apporte au dossier. Pour la première fois depuis longtemps, personne n’arrive simplement en figurante.
Ruth Croft
Ce que la Néo-Zélandaise possède qu’aucune autre concurrente n’a encore, c’est une ligne dans les résultats officiels de l’UTMB : victoire en 2025, en 22 heures 56 minutes et 23 secondes. Sa préemption sur le parcours de Chamonix est devenue la plus tangible qui soit. Avant d’y parvenir, elle avait déjà remporté l’OCC puis la CCC, complétant ainsi un triplé unique sur les finales chamoniardes.
Sa saison 2026 ne témoigne d’aucun relâchement : victoire sur le T102 du Tarawera Ultra-Trail en février, deuxième place sur le 50 km de l’Ultra-Trail Australia, puis succès sur les 58 km de la MaXi-Race en 6 heures 20 minutes et 52 secondes fin mai. Avec un UTMB Index de qualité, elle se situe au sommet de la hiérarchie mondiale. Sa régularité et son aptitude à accélérer vers la fin d’une épreuve constituent exactement le profil qui convient à un 100 miles alpin. À noter : sa participation officielle n’avait pas encore été totalement confirmée à la date de rédaction de cet article, mais toutes les indications pointaient vers sa présence au départ.
Sur l’UTMB moderne, la capacité à courir longtemps ne suffit plus. Les meilleures femmes imposent désormais des vitesses qui auraient placé nombre d’excellentes athlètes masculins sous tension il y a encore quelques années. Les portions roulantes ne servent plus seulement à récupérer entre deux cols. Elles deviennent des endroits où la course peut se perdre.
C’est précisément là que Ruth Croft apparaît dangereuse. Son bagage sur des formats plus courts lui offre une économie de course et une vitesse de base précieuses. Face à une Dauwalter qui excelle dans l’usure et la résistance extrême, elle peut chercher à déplacer le combat vers une épreuve plus régulière, plus rapide, moins propice à l’attente.
Le piège serait toutefois de transformer cette analyse en duel. L’UTMB adore punir les scénarios écrits avant le départ. Une favorite qui répond trop tôt aux accélérations peut consommer une quantité absurde d’énergie avant Courmayeur. Une autre peut perdre cinq minutes sur une mauvaise transition et récupérer deux places douze heures plus tard sans avoir changé d’allure. Le classement provisoire raconte rarement toute l’histoire.
Rachel Entrekin
Son nom est encore relativement méconnu dans le trail francophone, mais ses résultats de 2026 ne permettent plus de l’ignorer. En mai, elle a remporté la Cocodona 250 au classement général, devançant l’intégralité des hommes engagés, en 56 heures 9 minutes et 48 secondes sur 407,6 kilomètres. Dauwalter, deuxième féminine, a bouclé la même boucle en 61 heures 58 minutes, soit plus de cinq heures derrière.
La prudence reste de mise sur une comparaison directe entre les deux épreuves. Un ultra de plus de 400 kilomètres récompense avant tout la gestion du sommeil et la résistance sur plusieurs jours consécutifs, là où l’UTMB exige davantage de vitesse alpine et de puissance spécifique sur terrain montagneux. Cela dit, quelques semaines avant la Cocodona, Entrekin avait terminé à seulement six minutes derrière Dauwalter sur le Chianti Ultra Trail (11h38’13 » contre 11h31’55 »), preuve qu’elle dispose d’une vélocité réelle sur des formats plus courts.
Elle a reconnu une partie du parcours autour du Mont-Blanc avec l’équipe Salomon avant l’été, ce qui réduit l’inconnue liée à sa première participation sans l’effacer totalement. Son adaptation à la spécificité alpine de l’UTMB constituera l’une des sous-intrigues les plus captivantes de cette édition.
Blandine L’Hirondel
Sa présence au départ est confirmée, et sa dynamique de forme difficile à contester. Après une victoire à la Transvulcania assortie d’un nouveau record du parcours, elle a enchaîné sur un succès récent à l’UltrAriège, attestant d’un niveau très élevé à quelques semaines du grand rendez-vous. Son entraîneur Lilian Gugliero a accompagné une préparation spécifique 100 miles légèrement raccourcie par rapport aux plans initiaux, mais les performances récentes suggèrent que cela ne l’a pas affectée.
Sa trajectoire sur les très longues distances la rend crédible au-delà du simple podium. Pour sa première participation à l’UTMB en 2023, elle avait terminé troisième, avant d’aller chercher une victoire sur la Diagonale des Fous, une épreuve qui forge les ultratraileuses capables de tenir 24 heures sur des terrains techniques et arides. Devenir la première Française à remporter l’UTMB reste un objectif explicitement formulé. Dans une édition où la favorite absolue n’existe plus vraiment, cette ambition n’a franchement rien d’irrationnel.
L’Hirondel possède une connaissance du trail alpin, une science de la gestion et un niveau international qui lui donnent de sérieux arguments. Pour viser très haut, sa meilleure stratégie reste probablement de limiter les passages au dessus de son effort cible et de construire sa course autour de ses propres points forts.
Cette approche paraît conservatrice sur le papier. Elle peut devenir agressive après Champex Lac lorsque celles parties vingt secondes par kilomètre trop vite commencent à négocier avec leurs quadriceps. En ultra, courir intelligemment ressemble parfois beaucoup à ne rien faire. Puis les kilomètres passent et l’on découvre que l’immobilisme apparent était une attaque à retardement.
Katharina Hartmuth
L’Allemande incarne le profil de l’athlète qu’on sous-estime par habitude médiatique et qu’on retrouve sur le podium par logique sportive. Sa saison 2026 est construite avec une cohérence remarquable. Après avoir remporté le Madeira Island Ultra-Trail et pris la quatrième place du Marathon du Mont-Blanc, elle a frappé très fort le 24 juillet en s’emparant du record féminin du Bob Graham Round, en Angleterre : 106 kilomètres, 42 sommets et environ 8 200 mètres de dénivelé en 14 heures 11 minutes et 58 secondes. Elle a retranché plus de vingt minutes à la référence précédente, qui datait de 2020.
Ce type d’effort, alliant navigation, technicité et résistance prolongée sur terrain accidenté, constitue une répétition générale assez fidèle de ce qu’exige la deuxième moitié de l’UTMB. Hartmuth avait déjà terminé deuxième de la course en 2023, derrière Dauwalter, et sait très précisément comment gérer une longue nuit alpine. Si la course devient une épreuve d’usure collective, elle a clairement le profil pour revenir sur les premières et jouer le podium, voire mieux.
Tableau des cinq favorites avant le départ selon Quentin
| Athlète | Nationalité | UTMB Index | Argument clé 2026 | Point de vigilance |
|---|---|---|---|---|
| Courtney Dauwalter | États-Unis | 859 | Hardrock 100 2026 gagnée (26h03, 5e scratch), 3 victoires sur l’UTMB | Dixième place UTMB 2025, image d’invincibilité érodée |
| Ruth Croft | Nouvelle-Zélande | 823 | UTMB 2025 gagnée (22h56), Tarawera T102 et MaXi-Race 2026 | Participation à confirmer officiellement |
| Rachel Entrekin | États-Unis | N/D | Cocodona 250 gagnée au scratch (56h09), devant tous les hommes | Première participation, adaptation au format alpin attendue |
| Blandine L’Hirondel | France | N/D | Transvulcania (record), UltrAriège, 3e UTMB 2023, Diagonale des Fous | Bloc spécifique 100 miles plus court que prévu |
| Katharina Hartmuth | Allemagne | N/D | Record féminin Bob Graham Round (14h11), MIUT 2026, 2e UTMB 2023 | Moins médiatisée qu’elle ne le mérite, souvent sous-estimée |
N/D : index non disponible dans les données consultées pour cet article. Les indices UTMB sont susceptibles d’évoluer avant le départ.
Trois scénarios de course pour une édition imprévisible

L’UTMB ne se joue pas uniquement sur les profils papier. La gestion tactique des premières heures, les conditions météorologiques autour du massif et la dynamique du peloton féminin dès la sortie de Chamonix peuvent redistribuer les cartes de façon radicale. Trois configurations méritent d’être anticipées :
- Une course lancée très vite dès le départ : Ce scénario favorise les athlètes habituées à gérer leur effort sur la durée sans se laisser emporter par l’adrénaline des premiers kilomètres nocturnes. Dauwalter et Croft, toutes deux rompues aux dynamiques de course longue, s’adaptent généralement mieux à ce type de séquence que les profils plus récents sur cette distance.
- Une course d’attente qui se décide après le Col de la Seigne : Hartmuth et L’Hirondel ont montré une capacité à revenir sur les premières dans les derniers tiers des épreuves. Sur un parcours où les difficultés s’accumulent au-delà de 80 ou 100 kilomètres, le profil de coureuse qui monte en régime progressivement devient très dangereux pour celles qui ont trop donné au début.
- Une sélection par les conditions dès les premières montées : Ce scénario placerait Entrekin dans l’inconnu le plus complet, mais aussi dans celui où une endurance hors norme peut paradoxalement devenir son atout le plus redoutable, si les conditions dégradées découragent les gestions trop prudentes et forcent tout le monde à se battre contre le terrain plutôt que contre les concurrentes.
La météo alpine autour du Mont-Blanc ajoute toujours une couche d’incertitude supplémentaire que les meilleures analyses ne peuvent pas anticiper totalement. Une nuit claire et fraîche favorise les performances chronométriques élevées et profite aux athlètes les plus rapides. Une météo dégradée, au contraire, joue en faveur des coureuses les plus expérimentées sur ce terrain spécifique et les plus solides mentalement dans l’adversité.
Notre pronostic avant le 28 août
La logique actuelle maintient Courtney Dauwalter légèrement devant les autres. Sa victoire à la Hardrock 100 en juillet prouve que son niveau exceptionnel sur les 100 miles de montagne n’a pas disparu, et sa connaissance du parcours de l’UTMB reste une référence inégalée parmi les participantes aujourd’hui identifiées au départ. Son UTMB Index de 859 confirme qu’elle appartient toujours au duo de tête mondial.
Ruth Croft constitue la menace la plus directe et la plus concrète. Elle n’a pas seulement battu Dauwalter sur cette course : elle a démontré comment le faire, avec une stratégie de gestion progressive qui lui a permis de prendre l’avantage au moment le plus décisif. Sa saison 2026, cohérente et sans coup de mou apparent, ne laisse pas présager de régression.
Rachel Entrekin représente la grande inconnue dans le bon sens du terme. Si elle parvient à transposer sur 174 km alpins une fraction de ce qu’elle a affiché sur la Cocodona et sur les formats plus courts, elle peut créer la surprise la plus retentissante de l’édition. Mais l’UTMB impose ses propres règles, et personne ne les comprend vraiment avant de les avoir subies.
Blandine L’Hirondel et Katharina Hartmuth forment un deuxième groupe capable de profiter de la moindre défaillance dans les premières. Dans une édition aussi ouverte, ce rôle peut mener directement au podium. Et pour L’Hirondel en particulier, l’histoire à écrire serait belle.
Ce qui est certain, c’est que le 28 août au soir, la hiérarchie féminine de l’ultra-trail mondial ressemblera peut-être à quelque chose qu’elle n’a pas encore connu. Et ça, honnêtement, c’est la meilleure nouvelle que ce sport pouvait nous offrir avant le départ.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.


