Sept jours, dix-huit heures et dix-neuf minutes. C’est le temps qu’il aura fallu à Nouchka Simic pour rallier Nice depuis Thonon-les-Bains et devenir la nouvelle référence féminine de la Grande Traversée des Alpes, un parcours titanesque de 630 kilomètres et près de 35 000 mètres de dénivelé positif. La traileuse originaire de Haute-Savoie efface ainsi la marque détenue depuis deux ans par Iliana Popik, avec près de deux heures d’avance sur le précédent chrono.
Basée à La Clusaz, cette diététicienne du sport de 228 000 abonnés sur Instagram a transformé un défi né sur les réseaux sociaux en véritable performance sportive reconnue par l’ensemble de la communauté trail. Un accomplissement qui dépasse largement le simple coup de communication.
Sommaire
- 1 Une odyssée de 630 kilomètres à travers les Alpes françaises
- 2 La dernière ligne droite, entre douleur et lucidité
- 3 Du trouble alimentaire au sommet du trail français
- 4 Influenceuse un jour, athlète confirmée toujours
- 5 Polémique sur une possible triche : que disent vraiment les données
- 6 Pourquoi cette polémique tombe à côté
- 7 Les sujets tendances
Une odyssée de 630 kilomètres à travers les Alpes françaises
Le tracé emprunté suit dans les grandes lignes le mythique GR5, reliant les rives du Léman à la Méditerranée en traversant les massifs les plus exigeants des Alpes françaises : la Vanoise, le Queyras et le Mercantour. Selon les données du tracker OpenRunner utilisé pendant la tentative, la distance officielle grimpe à 614 kilomètres pour 31 939 mètres de D+, un écart qui s’explique par les différences habituelles entre traces GPS et communication d’équipe.
Partie le samedi 18 juillet à 7h59, la traileuse haut-savoyarde a découpé son aventure en six étapes, avec entre 80 et 90 kilomètres à avaler chaque jour. Un rythme régulier, malgré des coups de mou spectaculaires, qui témoigne d’une préparation minutieuse en amont.
Les chiffres clés de l’exploit
| Élément | Détail |
|---|---|
| Distance | Environ 630 km (614 km selon trace GPS) |
| Dénivelé positif | Près de 35 000 m |
| Chrono final | 7 jours, 18 h et 19 min |
| Ancien record | 7 jours, 20 h et 23 min (Iliana Popik) |
| Nombre de cols | Environ 64 |
La dernière ligne droite, entre douleur et lucidité

Rien n’a été simple jusqu’au bout. Samedi matin, alors qu’elle abordait le kilomètre 540, son équipe décrivait une athlète rongée par la fatigue et les douleurs, contrainte à une pause avant de repartir seulement une heure plus tard. Dix kilomètres plus loin, la principale intéressée résumait son état dans une formule glaçante de sincérité : « l’ombre de moi-même, au bout du bout ».
Malgré cet épuisement à fleur de peau, elle a su tenir le cap jusqu’à la Promenade des Anglais, où son équipe avait organisé une arrivée symbolique face à l’hôtel Negresco. À deux heures vingt-deux du matin, son tracker affichait déjà plus de 600 kilomètres parcourus, avec une marge suffisante pour officialiser le record avant même le lever du jour.
Du trouble alimentaire au sommet du trail français
Derrière la performance chronométrique se cache un parcours de vie particulièrement fort. Nouchka Simic a pratiqué l’aviron pendant près de dix ans, jusqu’au niveau national, avant de traverser une période sombre à l’adolescence marquée par l’anorexie et plusieurs hospitalisations.
La reprise du sport, un an après sa dernière hospitalisation, a pris la forme d’un premier marathon qu’elle décrit comme un véritable moment de renaissance personnelle. Depuis, la course à pied n’est plus synonyme de pression ou de performance à tout prix, mais bien d’un outil de reconstruction et d’un mode de vie assumé.
- Ancienne rameuse de niveau national pendant près de dix ans
- Passage par l’anorexie et plusieurs hospitalisations à l’adolescence
- Renaissance sportive via son premier marathon
- Reconversion en diététicienne spécialisée dans le sport
- Aujourd’hui figure montante de l’ultra-endurance française
Influenceuse un jour, athlète confirmée toujours
Connue du grand public sous le pseudonyme Nouchka Diet, elle n’a jamais brillé sur les podiums de l’UTMB ou de la Diagonale des Fous avant cette tentative. Cette exposition médiatique aurait pu réduire son projet à un simple défi Instagram parmi tant d’autres.
Le chronomètre a pourtant tranché le débat sans appel. Une communauté fidèle, des partenaires solides ou une équipe logistique bien rodée ne suffisent jamais à avaler plus de 600 kilomètres et 30 000 mètres de dénivelé en moins de huit jours.
Polémique sur une possible triche : que disent vraiment les données

Comme souvent lorsqu’une performance sort de l’ordinaire, les critiques ont fusé avant même l’arrivée. Certains ont d’abord pointé du doigt une assistance jugée trop conséquente au regard des règles du Fastest Known Time. Un argument balayé rapidement puisque le règlement FKT autorise justement la catégorie « Assisted », sans distinction sur la taille de l’équipe d’accompagnement.
L’analyse des segments Strava met fin au débat
Le second front d’attaque concernait une prétendue accélération suspecte en fin de course. L’analyse des courbes de vitesse ajustées à la pente révèle pourtant une gestion d’effort tout à fait cohérente, plus rapide sur les deux premiers jours puis stabilisée jusqu’à l’arrivée.
Quant à sa présence dans le top 10 de certains segments Strava, la nuance s’impose rapidement à l’analyse : elle n’y figure jamais dans une dernière ligne droite suspecte, mais dès le premier jour d’aventure, et parfois même huitième sur huit concurrents seulement. Un classement qui perd tout son caractère sensationnel une fois remis en contexte.
| Accusation | Réalité des faits |
|---|---|
| Assistance jugée excessive | Conforme à la catégorie Assisted du règlement FKT |
| Accélération suspecte en fin de parcours | Allure stable et cohérente sur l’ensemble des sept jours |
| Top 10 sur des segments Strava | Classements relatifs, parfois 8ᵉ sur 8 participants |
Un dernier élément mérite d’être souligné : Nouchka connaissait déjà une partie du tracé final pour l’avoir parcouru en 2025. Loin de prouver une quelconque triche, cette familiarité s’est même révélée moins performante que l’année précédente sur certains segments du Mercantour, preuve tangible de la fatigue accumulée après une semaine d’effort continu.
Pourquoi cette polémique tombe à côté
Au final, l’acharnement autour de cette performance semble révéler davantage un malaise sociétal qu’une réelle suspicion sportive. Femme, influenceuse et très visible sur les réseaux sociaux, Nouchka Simic cumule les étiquettes qui dérangent parfois dans le milieu du trail encore largement masculin.
Pourtant les faits parlent d’eux mêmes : une vitesse moyenne cohérente sur sept jours complets, une gestion d’effort digne d’une athlète aguerrie et un chronomètre qui ne ment jamais. Cette Grande Traversée des Alpes restera comme l’une des performances marquantes de l’été 2026 dans l’univers de l’ultra-trail français, aussi belle sur le papier que sur le terrain.
Source : Instagram Nouchka Simic et Facebook
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.


