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Couloir du Goûter : deux alpinistes tués, l’Italie ferme, la France continue

Deux alpinistes ont perdu la vie mercredi dans le couloir du Goûter, sur la voie normale française du Mont-Blanc. Pendant que les guides italiens de Courmayeur et leurs homologues suisses de Zermatt suspendent volontairement leurs ascensions face à la canicule, le versant français reste accessible. Une situation qui interroge, d’autant que ce passage surnommé le « couloir de la mort » concentre une part énorme des accidents recensés sur l’itinéraire. On fait le point sur ce drame et sur ce fameux couloir qui fait trembler même les cordées les plus aguerries.

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Un drame de plus dans le couloir du Goûter

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Mercredi, la montagne a encore frappé. Deux personnes ont trouvé la mort dans le Grand Couloir, son vrai nom, situé entre le Nid d’Aigle et le refuge du Goûter. Le secteur n’a rien d’anodin : les chutes de pierres y sont monnaie courante, surtout quand le mercure s’envole comme ces dernières semaines.

La chaleur exceptionnelle accélère le dégel du permafrost, cette glace qui joue le rôle de ciment naturel dans les fissures des parois. Quand elle fond, les blocs se décrochent et dévalent la pente à toute vitesse. Les alpinistes qui traversent à ce moment-là se retrouvent en première ligne, sans aucune protection possible.

L’Italie et la Suisse ont choisi de renoncer

Courmayeur suspend les ascensions du Mont-Blanc

De l’autre côté du massif, la Société des guides de Courmayeur a tranché depuis plusieurs jours : plus aucune ascension du Mont-Blanc par la voie normale italienne n’est proposée aux clients. Alex Campedelli, son président, justifie cette décision par l’état du glacier, devenu tellement crevassé qu’aucun itinéraire suffisamment sûr ne peut être garanti.

Précision utile : il ne s’agit pas d’une interdiction officielle. Les autorités italiennes n’ont pas fermé la montagne. Les professionnels ont simplement jugé le risque incompatible avec leur responsabilité. Un renoncement volontaire, assumé, qui force le respect.

Zermatt déconseille le Cervin

Même son de cloche côté helvète. Les guides de Zermatt recommandent de repousser temporairement l’ascension du Cervin par son itinéraire classique. La fonte des glaciers et le dégel du permafrost rendent certains passages beaucoup trop instables. Pour eux, l’humilité en montagne consiste parfois à patienter jusqu’au retour de conditions acceptables. Difficile de leur donner tort.

Pourquoi la France ne suit pas le mouvement

Côté français, les compagnies de guides de Chamonix et de Saint-Gervais poursuivent leur activité. Elles assurent surveiller la situation de près, sans pour autant franchir le cap de la suspension. Ce choix étonne, surtout au lendemain d’un double décès.

Le scénario n’a pourtant rien d’inédit. En 2022, les guides français avaient volontairement stoppé les ascensions pendant plusieurs semaines, précisément à cause des éboulements devenus trop fréquents dans le couloir du Goûter. Ils connaissent donc parfaitement le phénomène. La question qui brûle les lèvres : faut-il attendre un accident supplémentaire avant de réagir ? Si les températures continuent de grimper, la décision pourrait tomber rapidement.

VersantDécision prise
Italie (Courmayeur)Suspension volontaire des ascensions avec clients
Suisse (Zermatt)Recommandation de renoncer provisoirement au Cervin
France (Chamonix, Saint-Gervais)Ascensions maintenues sous surveillance renforcée

Le couloir de la mort, un surnom qui n’a rien d’exagéré

Un danger qui ne vient pas de la technique

Contrairement aux idées reçues, ce passage n’est pas le plus difficile de l’ascension. Long de quelques dizaines de mètres à peine, il ne demande aucune prouesse d’escalade. Le péril se situe ailleurs : dans ces blocs rocheux qui se détachent spontanément des parois surplombantes et traversent l’itinéraire sans le moindre signe avant-coureur.

Aucune expérience, aucun matériel dernier cri, aucun guide chevronné ne peut empêcher une pierre de tomber. Le savoir-faire aide à choisir le bon créneau pour passer, rien de plus. Le risque zéro n’existe tout simplement pas à cet endroit.

Le « bowling » des Alpes

Les habitués du massif utilisent une autre image, presque cocasse si elle n’était pas si tragique : le bowling. Les pierres se décrochent, prennent de la vitesse dans la pente puis rebondissent dans le couloir comme des boules lancées sur une piste. Les grimpeurs, eux, tiennent malgré eux le rôle des quilles. L’analogie glace le sang, mais elle décrit la réalité avec une justesse redoutable.

Traverser en courant, une scène qui marque

Les images surprennent toujours les néophytes. Avant de s’engager, les cordées scrutent longuement le passage. Puis, dès que la fenêtre semble correcte, elles accélèrent franchement, parfois jusqu’à la course. Cette tactique ne protège de rien, elle réduit simplement le temps d’exposition dans la zone la plus meurtrière de la voie normale. Quelques minutes de moins sous la menace, voilà tout ce que l’on peut gagner.

Le réchauffement climatique aggrave la situation

Ce couloir a toujours été redoutable, mais les spécialistes constatent une dégradation nette au fil des années. Plusieurs facteurs se combinent pour rendre le secteur de plus en plus instable :

  • La fonte du permafrost qui fragilise durablement les parois rocheuses
  • Des épisodes de canicule de plus en plus fréquents et intenses en altitude
  • Les cycles répétés de gel et de dégel qui fissurent la roche en profondeur
  • Des fenêtres favorables à l’ascension qui se réduisent d’année en année
  • Des glaciers toujours plus crevassés qui compliquent les itinéraires

Les journées chaudes multiplient les éboulements, particulièrement en milieu de journée. Voilà pourquoi les cordées franchissent le passage aux aurores, quand le froid nocturne maintient encore un semblant de cohésion dans la paroi.

Un passage impossible à éviter

Pourquoi des milliers de personnes continuent-elles de s’y engager chaque année ? Parce qu’aucune alternative n’existe sur la voie normale française. Rejoindre le refuge du Goûter impose de traverser cette zone, point final. Des aménagements facilitent le franchissement et les professionnels diffusent régulièrement des consignes, mais aucune infrastructure ne stoppera jamais un éboulement naturel.

Le piège, c’est cette fausse impression de sécurité. La fréquentation massive, les refuges, les câbles installés, le défilé quotidien des cordées : tout laisse croire que le risque est sous contrôle. La réalité raconte une autre histoire. Une chute de pierre, une hausse brutale du thermomètre ou un mauvais timing suffisent à transformer une traversée de quelques minutes en tragédie. C’était déjà le cas en Juin avec un drame !

Le couloir du Goûter au Mont-Blanc : Un drame

Personne ne réclame la fermeture définitive de la montagne, soyons clairs. Mais les choix effectués par l’Italie et la Suisse démontrent qu’un renoncement temporaire fait aussi partie de la culture alpine. Attendre que les conditions redeviennent correctes n’a rien d’un aveu de faiblesse, c’est même la marque des grands montagnards.

Pour les traileurs et coureurs qui rêvent du toit des Alpes, ce double drame sonne comme un avertissement. Le Mont-Blanc n’est pas un sommet que l’on coche sur une liste entre deux ultras. La canicule actuelle transforme profondément les conditions d’alpinisme et la prudence commande, au minimum, de reporter le projet. La montagne sera toujours là l’an prochain. Vous aussi, si vous savez renoncer au bon moment.

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