La Badwater 135 vient de vivre l’une de ses éditions les plus folles. Max Jolliffe et Carmen Maria Perez, tous deux débutants sur cette épreuve mythique, ont pulvérisé les records masculin et féminin lors de l’édition 2026. Le Britannique a franchi la ligne en 20 heures 53 minutes et 41 secondes, devenant le premier homme à passer sous la barre des 21 heures sur les 217 kilomètres infernaux de la vallée de la Mort. L’Espagnole, elle, a terminé deuxième du classement général en 21h05’32, devançant tous les hommes sauf un, et signant au passage un nouveau record féminin avec près de 40 minutes de mieux que l’ancienne meilleure marque. Une performance qui restera gravée dans les annales de l’ultrafond mondial.
Sommaire
La Badwater 135 : l’enfer sur terre pour les coureurs d’ultrafond
Impossible de parler de la Badwater 135 sans évoquer les conditions extrêmes qui font la réputation légendaire de cette course. Considérée comme la course à pied la plus dure au monde, elle relie le point le plus bas d’Amérique du Nord, le bassin de Badwater à 85 mètres sous le niveau de la mer, au portail du mont Whitney à 2 530 mètres d’altitude. Un dénivelé positif cumulé de 4 450 mètres, trois chaînes de montagnes à traverser, des températures qui peuvent dépasser les 50 degrés Celsius et un parcours de 217 kilomètres non-stop. De quoi faire réfléchir même les plus aguerris.
Un parcours mythique dans des conditions infernales
Le départ est donné à Furnace Creek, au cœur de Death Valley. Les coureurs s’élancent généralement en soirée pour éviter les heures les plus chaudes, mais cela ne change rien à la brutalité de l’effort. Le bitume brûlant, l’absence totale d’ombre, les vents desséchants et la réverbération du soleil sur le sel blanc du désert créent un environnement hostile que peu d’athlètes osent affronter. Et encore moins deux fois.
Certains passages portent des noms qui en disent long sur la difficulté : Devil’s Cornfield, Devil’s Golf Course, Stovepipe Wells, Panamint Springs. Des lieux qui marquent les esprits autant que les corps. Les coureurs doivent gérer leur hydratation, leur nutrition et leur effort sur plus de 24 heures pour la plupart des finishers. Un défi mental autant que physique, où l’abandon est plus fréquent que l’arrivée au sommet du Whitney Portal.
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Distance totale | 217 kilomètres (135 miles) |
| Départ | Badwater Basin, 85 m sous le niveau de la mer |
| Arrivée | Whitney Portal, 2 530 m d’altitude |
| Dénivelé positif cumulé | 4 450 mètres |
| Dénivelé négatif cumulé | 1 859 mètres |
| Températures maximales | Jusqu’à 50°C sur le bitume |
| Nombre de chaînes de montagnes | Trois |
| Nombre de finishers moyen | Entre 70 et 90 par édition |
Tableau récapitulatif des caractéristiques extrêmes de la Badwater 135.
Max Jolliffe : le premier homme sous les 21 heures
Max Jolliffe a écrit l’histoire. Le Britannique, pourtant débutant sur cette épreuve, a franchi la ligne d’arrivée en 20h53’41, pulvérisant l’ancien record de près de 40 minutes. Une performance qui semblait inatteignable il y a encore quelques années, tant les conditions de la Badwater 135 repoussent les limites du possible. Son temps moyen au kilomètre frôle les 5 minutes 49, une allure de marathonien maintenue sur plus de 217 kilomètres, dans le désert, avec près de 4 500 mètres de dénivelé positif. Tout simplement fou.
Une gestion de course exemplaire
Derrière un tel chrono se cache une préparation millimétrée et une gestion d’effort chirurgicale. Max Jolliffe n’a jamais explosé, jamais connu de passage à vide majeur. Il a su doser son effort dès les premiers kilomètres, résistant à la tentation de partir trop vite malgré la fraîcheur relative du départ nocturne. Les données de suivi en temps réel montraient un coureur régulier, méthodique, passant par chaque point de contrôle avec une avance calculée sur le record visé.
Son équipe d’assistance a joué un rôle crucial. Ravitaillements optimisés, gestion de l’hydratation au gramme près, changement de chaussures et de chaussettes à chaque arrêt pour éviter les ampoules dévastatrices sur le bitume brûlant. Tout a été pensé pour maximiser les chances de réussite. Et le résultat est là : le premier sub-21 hours de l’histoire, une barrière symbolique qui restera dans les mémoires comme un tournant pour l’ultrafond mondial.
Un record qui va faire date
Le précédent record datait de 2023, établi par l’Espagnol Iván Penalba en 22h28’08. Max Jolliffe améliore donc cette marque de plus d’une heure et demie, une marge considérable sur une épreuve aussi exigeante. Certains parlaient même d’un record intouchable, tant les conditions de la Badwater 135 semblent repousser les limites humaines. Force est de constater que le Britannique a démontré le contraire.
Ce record pose une question légitime : jusqu’où peut-on aller ? La Badwater 135 a toujours été un terrain d’expérimentation pour les coureurs d’ultrafond les plus audacieux. Les temps ont progressé régulièrement depuis la première édition en 1987, mais rarement avec une telle ampleur. Max Jolliffe vient de redéfinir ce qui était considéré comme possible, ouvrant la voie à une nouvelle génération de coureurs qui viseront désormais cette barre des 21 heures comme un objectif réaliste.
Carmen Maria Perez : deuxième absolue et record féminin historique
Carmen Maria Perez a vécu l’édition parfaite. L’Espagnole de 44 ans, originaire de San Juan de Requena, a terminé deuxième du classement général en 21h05’32, devançant l’intégralité des hommes sauf Max Jolliffe. Une performance qui dépasse le simple exploit sportif : elle prouve que dans l’ultrafond, la mixité n’est pas qu’un slogan. Sur 217 kilomètres, dans les conditions les plus extrêmes qui soient, une femme peut battre des hommes habitués aux podiums mondiaux.
Un record féminin qui écrase l’ancien
Le précédent record féminin appartenait à l’Américaine Marisa Lizak, qui avait signé 25h07’31 lors de l’édition 2025. Carmen Maria Perez améliore cette marque de près de 40 minutes, un gouffre sur une épreuve aussi longue. Son temps la place désormais dans une catégorie à part, loin devant toutes les autres concurrentes féminines de l’histoire de la Badwater 135.
Cette performance s’inscrit dans une progression remarquable du niveau féminin en ultrafond. Les femmes ont longtemps été sous-représentées sur les épreuves extrêmes, mais les records tombent les uns après les autres depuis quelques années. Carmen Maria Perez vient de prouver que la Badwater 135 n’échappe pas à cette tendance. Son record restera une référence pendant des années, sans doute jusqu’à ce qu’une nouvelle génération de traileuses vienne le challenger.
Une performance qui dépasse le sport
À 44 ans, Carmen Maria Perez n’est plus une jeune coureuse. Elle incarne une catégorie d’athlètes qui refusent de se laisser définir par leur âge ou leur genre. Sa deuxième place absolue, devant des coureurs masculins de renom, envoie un message puissant : dans l’ultrafond, la détermination et la préparation priment sur les stéréotypes. Une leçon qui dépasse largement le cadre de la course à pied.
Son parcours interpelle aussi sur la place des femmes dans les sports extrêmes. Trop souvent cantonnées à des catégories séparées, elles démontrent régulièrement qu’elles peuvent rivaliser avec les hommes sur des distances où la résistance mentale et la gestion de l’effort priment sur la puissance brute. Carmen Maria Perez vient d’en apporter la preuve la plus éclatante qui soit, sur le terrain le plus difficile qui existe.
| Coureur | Nationalité | Temps | Record |
|---|---|---|---|
| Max Jolliffe | Grande-Bretagne | 20h53’41 | Record masculin (premier sub-21h) |
| Carmen Maria Perez | Espagne | 21h05’32 | Record féminin (2e absolue) |
| Simen Holvik | Norvège | 21h47’45 | Vainqueur 2025 |
| Iván Penalba Lopez | Espagne | 22h07’16 | Ancien record masculin (2023) |
| Pete Kostelnick | États-Unis | 22h42’42 | 3e homme 2026 |
| Marisa Lizak | États-Unis | 25h07’31 | Ancien record féminin (2025) |
Tableau comparatif des principaux temps de l’édition 2026 et des records précédents.

Le plus frappant dans cette édition 2026, c’est que Max Jolliffe et Carmen Maria Perez découvraient tous deux la Badwater 135. Aucun des deux n’avait auparavant foulé le bitume brûlant de Death Valley sur cette distance. Et pourtant, ils ont dominé des coureurs aguerris, des habitués des podiums, des athlètes
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.


