Réveillé à 5 heures du matin dimanche pour un contrôle antidopage, Tadej Pogacar a vécu une nuit inhabituelle sur ce Tour de France 2026. Pour frapper à la porte du maillot jaune en pleine nuit, l’International Testing Agency (ITA) a dû convaincre un juge de l’existence de « soupçons graves et concordants ». Une formule juridique lourde de sous-entendus, qui a mis le feu au peloton et braqué les projecteurs sur le leader d’UAE Team Emirates. Que cherche exactement l’agence antidopage ? Éléments de réponse, entre exigences légales et traque aux micro-doses.
Sommaire
Une offensive nocturne validée par un juge

Pogacar à 5h, Vingegaard à 2h
L’ITA, organisme indépendant auquel l’UCI a délégué son programme antidopage, l’assure : « Tous les coureurs du peloton ont été inclus dans cette mission de contrôle, qui s’inscrit dans le programme antidopage de l’ITA fondé sur le renseignement et l’évaluation des risques pour la course. » Dans les faits, tous n’ont pas été logés à la même enseigne. Jonas Vingegaard a reçu la visite des contrôleurs à 2 heures du matin, Pogacar à 5 heures, tandis que le reste du peloton était testé en journée lors du jour de repos. Une différence de traitement dénoncée par le coureur Matej Mohoric et par Richard Plugge, le patron de la Visma.
Car ces horaires ne doivent rien au hasard. Les contrôles sont en principe autorisés entre 6 heures et 23 heures. Pour intervenir la nuit, la loi française exige, selon le Code du sport, « des soupçons graves et concordants » de violation des règles antidopage et « un risque de disparition de preuves ». Un juge des libertés et de la détention, saisi par l’ITA, a estimé ces conditions réunies. Attention toutefois à la portée de cette formule : comme le souligne 20 Minutes, elle ne signifie pas que l’agence détient des informations précises sur des pratiques dopantes des deux stars du peloton. Elle indique, a minima, que l’ITA explore une piste.
Voir l’avis de Mathieu Blanchard sur Pogacar ici !
La traque aux micro-doses, cœur du dossier
EPO, testostérone et surtout IGF-1
Pourquoi la nuit, précisément ? Parce que les substances recherchées s’évaporent à toute vitesse. Pour le Docteur Jean-Pierre de Mondenard, spécialiste du dopage cité par Sports.fr, « ces contrôles visent les microdoses (EPO, hGH, peptides) administrées après les étapes, indétectables au réveil mais détectables à 2h ou 5h », avec un objectif clair : « contrer les stratégies de timing du dopage moderne ». L’ancien coureur Jonathan Vaughters abonde : « Les tests à 2h du matin sont l’un des moyens très efficaces pour prévenir le microdosage de peptides (EPO, hGH) et de testostérone. »
Le professeur Gérard Dine, spécialiste en biotechnologie interrogé par 20 Minutes, affine le portrait-robot de la substance traquée : l’IGF-1, l’hormone de croissance du foie. Contrairement à l’EPO qui accélère l’oxygénation des muscles, l’IGF-1 booste leur « refabrication » et lutte contre la dégradation musculaire induite par la répétition des efforts. « Ce sont des dopages non pas de préparation à la compétition, mais de maintien de potentiel sur une longue durée », explique-t-il. Autrement dit, le produit rêvé pour tenir trois semaines de Grande Boucle. Son atout majeur pour d’éventuels tricheurs : une demi-vie de trois à six heures seulement, qui la rend « très difficile à détecter » en cas de dose d’entretien. Le Belge Oliver Naesen confirmait d’ailleurs dans un podcast du média HLN : « J’ai entendu dire qu’ils recherchaient de l’hormone de croissance. C’est la première fois que j’entends parler de ça. »
Pogacar et UAE sous pression, mais rien de prouvé

Aucun contrôle positif à ce stade
Il faut le rappeler avec force : ni Pogacar ni son équipe UAE Team Emirates n’ont été convaincus du moindre manquement. Le Slovène, plus que jamais en jaune après la 14e étape entre Mulhouse et Le Markstein, continue d’écraser la course, et sa formation gère parallèlement d’autres dossiers, comme le rôle d’équipier de Yates auprès de son leader. Reste que la symbolique est dévastatrice : voir les deux derniers dominateurs du Tour, vainqueurs à eux deux des six dernières éditions, ciblés par des contrôles nocturnes validés par un juge, ravive inévitablement les vieux démons du cyclisme.
Le Docteur de Mondenard lui-même doute d’ailleurs du résultat de l’opération : « Cette offensive nocturne pourrait ne rien révéler. Les coureurs maîtrisent les protocoles et anticipent les contrôles surprises. Comme depuis 2016, il est fort possible que tous les tests restent négatifs. » Avant d’ajouter, plus grinçant : « La médicalisation est totale mais les athlètes utilisent des produits efficaces mais indétectables ou non recherchés ou non listés pour éviter tout contrôle positif, considéré comme l’erreur irréparable d’une carrière. »
Notre analyse : un tournant pour la lutte antidopage, un test pour le cyclisme
Au-delà du cas Pogacar, cette séquence marque une évolution majeure : cela faisait cinq ou six ans que les analystes réclamaient aux instances de s’attaquer aux micro-doses. L’ITA vient de démontrer qu’elle en a désormais les moyens juridiques et opérationnels. Mais le prix à payer interroge : Vingegaard, contrôlé à 2 heures du matin, a chuté dimanche et abandonné, relançant le débat sur l’impact de ces réveils nocturnes sur la récupération et la santé des coureurs, au grand dam du syndicat du peloton.
Deux scénarios se dessinent. Si tous les tests reviennent négatifs, comme le pronostique de Mondenard, l’ITA aura au moins envoyé un signal de dissuasion inédit, au risque de laisser planer un soupçon injuste sur des coureurs blanchis. Si en revanche une analyse venait à révéler quoi que ce soit, le cyclisme replongerait dans sa pire crise depuis l’affaire Armstrong. Dans les deux cas, une certitude : la présomption d’innocence de Tadej Pogacar demeure entière, et c’est sur la route, puis dans les laboratoires, que se jouera la suite de ce Tour de France sous haute tension.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.



