mathieu blanchard kiprun (2)

Pourquoi Mathieu Blanchard a quitté Salomon : les vraies raisons

Neuf ans. C’est la durée du compagnonnage entre Mathieu Blanchard et Salomon. Neuf ans de podiums, d’aventures extrêmes, de dossards portés sous les mêmes couleurs. Et puis en avril 2026, la rupture. Pas fracassante, pas amère, mais réelle. L’annonce de sa signature chez KIPRUN, la marque trail et running de Decathlon, a pris la communauté par surprise. Dans une interview exclusive accordée à Stadion, Blanchard a tout expliqué. Ce qu’il dit va bien au-delà d’un simple changement d’équipementier.

Neuf ans avec Salomon : une histoire vraie, pas un simple contrat

mathieu blanchard kiprun (8)

Il faut replacer les choses dans leur contexte avant de chercher des drames là où il n’y en a pas. Mathieu Blanchard n’a pas claqué la porte de Salomon en colère. Il est arrivé chez la marque d’Annecy en 2017, presque au même moment où il commençait le trail. Les deux aventures ont grandi ensemble : ses premiers podiums à l’UTMB, sa victoire à la Diagonale des Fous 2024, ses exploits arctiques au Yukon et en Laponie, tous portés sous les couleurs de l’oiseau à la fraise. Salomon l’a accompagné dans sa construction en tant qu’athlète. Ce départ n’est pas une trahison, c’est une évolution.

Le tournant : comprendre que la performance seule ne suffit plus

Dans l’interview, Blanchard est chirurgical dans ses mots. Il dit clairement : « Je ne cours pas pour les mêmes raisons qu’au début. » À 38 ans, avec un palmarès qui fait pâlir la plupart des trailers de sa génération, la simple addition de podiums ne le fait plus vibrer comme avant. Ce qui l’anime désormais, c’est une vision plus large de ce qu’il peut apporter au sport. Trois dimensions qu’il revendique sans complexe : l’athlète, l’aventurier, et l’ingénieur. Cette dernière casquette est celle que Salomon ne pouvait pas lui offrir dans le format qu’il souhaitait.

i-Run

Découvre les meilleures marques de trail running chez i-Run : chaussures, textile, nutrition… tout ce qu’il te faut pour performer sur les sentiers.

⚡ Voir les nouveautés i-Run

L’ingénieur qui n’avait pas été pris chez Decathlon en 2011

mathieu blanchard kiprun (3)

L’histoire a un côté romanesque qu’on ne peut pas s’empêcher d’apprécier. Diplômé de Polytech Grenoble en matériaux en 2011, Mathieu Blanchard avait postulé comme ingénieur produit chez Decathlon à la sortie de ses études. Il n’a pas été retenu. Quinze ans plus tard, le même groupe lui ouvre les portes de ses laboratoires, lui propose de co-développer des gammes de produits et l’intègre dans une équipe d’athlètes qui comprend Antoine Griezmann, Teddy Riner, Jimmy Gressier ou Gaël Monfils. La vie a des chemins détournés qui finissent parfois exactement là où on voulait aller.

Co-développeur, pas simple ambassadeur

C’est le point central que Blanchard martèle dans chaque réponse. Il ne veut pas être le visage sur une affiche. Ce qu’il cherche chez KIPRUN, c’est une implication concrète dans la conception des produits. Son profil d’ingénieur matériaux lui donne une lecture technique des équipements que peu d’athlètes possèdent. Quand il parle de mousses, de grip, de frottements en descente, ce n’est pas du storytelling de coureur : c’est de l’analyse sensorielle qui peut alimenter un cahier des charges. Il dit lui-même qu’il « aime bien ressentir ce qui se passe au niveau des pieds » et transformer ces retours en données utiles pour les équipes produit. KIPRUN lui ouvre cette porte. Salomon ne le pouvait pas dans le même format.

DimensionSalomon (2017–2026)KIPRUN (2026–2029)
Rôle officielAmbassadeur performanceAthlète + co-développeur produit
Implication R&DLimitée aux retours terrainAccès aux laboratoires, chambres thermiques, conception
Vision projetPerformance sportive avant toutPerformance + aventure + innovation matérielle
Milieux extrêmesValorisé médiatiquementIntégré dans le développement produit grand froid
Durée du contrat9 ans3 ans (2026–2029)

Le SportsLab de Decathlon : la visite qui a tout changé

mathieu blanchard barkley (2)

Mathieu Blanchard n’est pas homme à signer un contrat sans voir les installations. Sa visite du SportsLab au B’twin Village de Decathlon à Lille l’a, selon ses propres mots, « bluffé ». Ce qui l’a particulièrement frappé : les chambres thermiques capables de reproduire des conditions de -40°C à +45°C, avec simulation de vent ajustable en temps réel. Pour un coureur qui a survécu aux -50°C du Yukon et qui teste les limites humaines dans le grand froid depuis des années, c’est un outil de développement matériel qui n’a pas d’équivalent accessible ailleurs. Il ne choisit pas seulement une marque, il choisit un laboratoire.

La grande thématique des prochaines années : le froid extrême

Dans l’interview, il en parle avec une passion nette : le grand froid est un terrain de recherche quasi vierge. Des températures entre -30°C et -50°C, peu d’athlètes les affrontent régulièrement. Les retours terrain sur les comportements des matériaux dans ces conditions sont rares et précieux. Blanchard, lui, accumule ces données depuis plusieurs saisons. Chez KIPRUN, il peut enfin en faire quelque chose de concret, transformer ses frostbites évitées et ses gestion de couches en connaissances applicables à des produits qui seront vendus au grand public. C’est exactement le genre de boucle vertueuse qu’il cherchait.

Le « syndrome Harry Potter » : la phrase qui résume tout

À la fin de l’interview, Blanchard lâche une métaphore aussi personnelle qu’inattendue. Il parle du « syndrome Harry Potter » qu’il a inventé lui-même, en référence à Daniel Radcliffe qui reste pour toujours l’acteur d’un seul rôle dans l’esprit du public. Sa crainte profonde ? Que dans vingt ans, on ne se souvienne de lui que comme d’un trailer qui fait des podiums à l’UTMB. « Je ne veux pas que l’empreinte que je laisse se limite à mes performances », dit-il clairement. Il veut qu’on se souvienne de lui comme de quelqu’un qui a contribué au développement de produits, qui a raconté des histoires d’aventure, qui a transmis quelque chose. Ce partenariat avec KIPRUN est, dans sa tête, l’antidote à ce syndrome.

  • Durée avec Salomon : 9 ans (2017 à 2026)
  • Nouveau contrat KIPRUN : 3 ans, signé en avril 2026
  • Raison principale : devenir co-développeur de produits, pas seulement ambassadeur
  • Formation : ingénieur matériaux, Polytech Grenoble, promotion 2011
  • Anecdote : avait postulé ingénieur produit chez Decathlon en 2011, non retenu
  • Prochain objectif : Trail 100 Andorra by UTMB le 13 juin 2026, puis probablement UTMB fin août
  • Marathon en vue : Valencia ou Séville dans les 3 prochaines années, objectif sub-2h22 optimisé

UTMB 2026 : il y va si… et seulement si

Sur l’UTMB, Blanchard tempère les ardeurs. Cinq participations au compteur (13e, 3e, 2e, 4e et un abandon en 2025), il ne s’y rend plus pour découvrir les paysages. Il le dit avec franchise : s’il ne se sent pas au niveau de sa forme optimale cet été, il n’ira pas. Cette lucidité sur sa propre condition est une marque de maturité rare dans un sport où l’ego pousse souvent à prendre des départs que la logique sportive déconseille. La concurrence avec Kilian Jornet, Tom Evans et Jim Walmsley mérite qu’on arrive à 100 %. En dessous, ça ne l’intéresse pas.

Mathieu Blanchard a choisi de ne pas rester dans un rôle trop petit pour lui. Neuf ans de Salomon, c’était une belle histoire. Trois ans de KIPRUN, c’est peut-être la plus grande. Pas parce que la marque est plus grosse ou le contrat plus généreux, mais parce que pour la première fois, on lui demande d’être ingénieur autant qu’athlète. Et ça, ça change tout.

Avis post
moi cartoon
Plus de publications

Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.

Shopping
Les 5 meilleurs bons plans du moment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut