À peine la ligne d’arrivée franchie, les jambes encore lourdes et la médaille autour du cou, certains coureurs ont déjà l’esprit ailleurs sur Leboncoin, Vinted ou eBay. Des médailles de finisher du Marathon de Paris se revendent régulièrement en ligne, parfois jusqu’à 150 euros. Un phénomène qui enflamme les groupes Facebook de coureurs et qui mérite qu’on lui pose les bonnes questions : qui est vraiment responsable dans cette histoire ?
Sommaire
- 1 Une médaille qui vaut bien plus que son poids en métal
- 2 Les revendeurs : des profils très différents, une même dérive
- 3 Les acheteurs : complices discrets mais bien réels
- 4 Ce que dit la réglementation (et ce qu’elle ne dit pas)
- 5 La vraie question : pourquoi ça nous choque autant ?
- 6 Les sujets tendances
Une médaille qui vaut bien plus que son poids en métal

Pour ceux qui n’ont jamais couru un marathon, c’est difficile à saisir. Mais pour les 60 000 coureurs qui s’élancent chaque année depuis les Champs-Élysées, cette médaille représente des semaines de préparation, de sacrifices, de sorties longues sous la pluie, de réveils à 5h30 et de repas calés en fonction du plan d’entraînement. Ce n’est pas un objet. C’est une preuve tangible d’un accomplissement personnel que personne ne peut effacer.
Ce que représente vraiment le statut de finisher
Le terme « finisher » n’est pas anodin dans la culture running. Il sépare ceux qui ont un jour décidé de franchir la ligne des 42,195 km de tous les autres. Pour beaucoup, le Marathon de Paris est une première, une date marquée des mois à l’avance, une aventure humaine autant que sportive. Réduire cette expérience à une transaction commerciale de quelques dizaines ou centaines d’euros, c’est précisément ce que la communauté de coureurs ne supporte pas.
Les revendeurs : des profils très différents, une même dérive
Il serait trop simple de résumer les revendeurs à des individus sans scrupule. La réalité est plus nuancée. Certains revendent par nécessité financière réelle, d’autres parce qu’ils considèrent sincèrement que la médaille n’a pas de valeur sentimentale pour eux. D’autres encore et c’est là que ça devient vraiment problématique collectent sciemment plusieurs médailles sur la ligne d’arrivée pour les revendre ensuite, au détriment des autres coureurs.
Le cas des médailles récupérées en double
Lors du Marathon pour tous des JO de Paris 2024, des témoignages avaient révélé que certains participants avaient fait la queue deux fois pour obtenir deux médailles. Une pratique qui prive directement un autre coureur de sa récompense méritée. Sur le Marathon de Paris, le dispositif de remise est en principe mieux contrôlé mais l’ingéniosité de certains ne connaît pas de limites. Et la tentation reste forte quand une médaille se négocie à trois chiffres sur les plateformes de revente.
Ce que disent les revendeurs eux-mêmes
Les rares revendeurs qui s’expliquent sont souvent désarmants de franchise. « J’ai besoin d’argent et j’ai les photos en souvenir », avouait l’un d’eux au Parisien après les JO. Difficile de moraliser face à des difficultés financières réelles. Mais difficile aussi de ne pas ressentir un malaise profond quand on a soi-même souffert pendant 42 kilomètres pour décrocher la même récompense.
Pour voir quand ouvrent les inscriptions du Marathon de Paris 2027, c’est ici.
Les acheteurs : complices discrets mais bien réels

On pointe facilement les vendeurs. Les acheteurs, eux, restent dans l’ombre. Pourtant, sans demande, il n’y aurait pas d’offre. Qui achète une médaille de finisher d’une course à laquelle il n’a pas participé ? Les profils sont variés : collectionneurs d’objets sportifs, personnes blessées qui n’ont pas pu terminer la course et qui cherchent à combler une frustration, ou pire individus qui souhaitent afficher une performance qu’ils n’ont tout simplement pas accomplie.
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⚡ Voir les nouveautés i-RunÀ l’heure d’Instagram et de Strava, arborer une médaille de finisher a une valeur sociale indéniable. Poster la photo avec la médaille du Marathon de Paris, c’est un capital symbolique fort dans certains cercles. Acheter cette médaille sans avoir couru la course, c’est donc s’approprier une reconnaissance qui appartient aux autres ceux qui ont vraiment souffert. C’est un mensonge discret, mais un mensonge quand même.
| Profil | Motivation | Niveau de responsabilité |
|---|---|---|
| Revendeur par nécessité financière | Besoin d’argent, médaille perçue sans valeur sentimentale | Discutable |
| Revendeur opportuniste | Récupération de plusieurs médailles pour revente | Élevé |
| Acheteur collectionneur | Passion des objets sportifs, sans tromperie affichée | Modéré |
| Acheteur imposteur | Afficher une performance non réalisée sur les réseaux | Très élevé |
| Acheteur blessé / DNF | Frustration de n’avoir pu terminer la course | Modéré |
Les profils de vendeurs et acheteurs de médailles de finisher
Ce que dit la réglementation (et ce qu’elle ne dit pas)

Légalement, la revente d’une médaille de finisher n’est pas formellement interdite dans la grande majorité des cas. La médaille est remise à titre personnel, mais une fois en votre possession, sa revente entre dans le cadre du droit commun de la vente de biens d’occasion. Aucune disposition contractuelle des règlements sportifs actuels n’interdit explicitement sa cession à un tiers contrairement aux dossards, dont la revente est clairement proscrite par le règlement du Marathon de Paris.
Vinted a tranché, pas les autres plateformes
Lors des JO 2024, Vinted avait retiré les annonces de vente des médailles du Marathon pour tous en invoquant ses règles de catalogue. Une décision bienvenue, mais isolée : eBay et Leboncoin avaient maintenu leurs annonces en ligne. Cette absence d’harmonisation entre plateformes révèle un vide réglementaire que les organisateurs d’événements sportifs n’ont pas encore comblé. À quand une clause contractuelle claire dans les règlements de course interdisant explicitement la revente des médailles remises aux finishers ?
La vraie question : pourquoi ça nous choque autant ?
La revente d’une médaille de finisher touche quelque chose de profond dans la culture du running. Cette communauté est construite sur des valeurs de dépassement de soi, d’authenticité et de respect de l’effort. Voir une médaille symbole de tout cela devenir un simple article de commerce, c’est une petite trahison collective. Pas un crime, mais une dissonance que le coureur passionné ressent dans ses tripes, au sens propre comme au figuré.
- La médaille de finisher ne vaut rien sur un marché objectif — et pourtant elle vaut tout pour celui qui l’a gagnée à la sueur de ses efforts
- L’acheter sans avoir couru, c’est s’approprier l’histoire des autres
- La revendre, c’est admettre qu’on n’a pas compris ce que cette course représente vraiment
- Les deux parties alimentent un marché qui dévalorise symboliquement l’événement
- La solution est simple et ne demande aucune loi : ne pas vendre, ne pas acheter
Une médaille de finisher du Marathon de Paris, ça ne devrait pas avoir de prix. Parce que sa valeur réelle se mesure en kilomètres avalés, en matins froids de janvier où on a quand même enfilé les chaussures, et en ce moment unique où l’on passe sous l’arche d’arrivée avenue Foch. Aucun billet de banque ne peut acheter ça. Et ceux qui pensent le contraire qu’ils soient vendeurs ou acheteurs passent à côté de l’essentiel.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.



