Le Marathon de Palestine fait son grand retour en 2026 après trois années d’absence. Rendez-vous fixé au 17 avril prochain à Bethléem pour cette 10ème édition historique. Depuis 2013, cet événement dépasse largement le cadre sportif : il incarne un acte de résistance pacifique face aux restrictions de mouvement imposées aux 3,3 millions de Palestiniens vivant en Cisjordanie.
Entre checkpoints militaires, murs de séparation et camps de réfugiés, le parcours traverse des zones hautement symboliques. Mahmoud Al-Haddar, l’organisateur, et Lisa Amer, athlète locale qui a couru six éditions, témoignent des défis quotidiens et de l’émotion intense qui entoure cette course unique au monde. Plus de 500 bénévoles se mobilisent, 20 associations s’engagent, et des milliers de coureurs sont attendus pour fouler le bitume palestinien. Une édition virtuelle verra même le jour pour permettre aux runners du monde entier de participer malgré les difficultés d’accès.
Sommaire
- 1 Une course née de la résistance pacifique
- 2 Un parcours chargé d’histoire et de symboles
- 3 Les défis titanesques de l’organisation
- 4 Une mobilisation collective hors norme
- 5 La force des coureurs internationaux
- 6 La Palestine Virtual Race : courir à distance
- 7 Comment participer au Marathon de Palestine 2026
- 8 Les sujets tendances
Une course née de la résistance pacifique

La genèse du Marathon de Palestine remonte à 2013. À cette époque, l’idée folle d’organiser une course en Cisjordanie occupée relevait du défi titanesque. Pourtant, 700 courageux ont pris le départ de la première édition. L’objectif affiché dès le début ? Combattre pacifiquement l’apartheid imposé par les forces israéliennes et revendiquer le droit fondamental de se déplacer librement.
Les années ont passé, et l’événement a gagné en ampleur. Plusieurs milliers de participants sont désormais attendus chaque année. Mais le chemin n’a jamais été linéaire : la pandémie de COVID-19 a stoppé net l’organisation pendant deux ans. L’édition 2023 a marqué un bref retour avant que le conflit d’octobre de la même année ne fasse tout basculer.
Trois ans d’attente pour retrouver le bitume
Mars 2023 : Lisa Amer franchit la ligne d’arrivée de son sixième semi-marathon à Bethléem. Elle ne se doutait pas qu’il lui faudrait patienter plus de trois ans avant de rechausser son dossard sur ces routes qu’elle connaît par cœur. L’intensification du conflit a rendu impossible toute organisation d’événement d’envergure. Les tensions quotidiennes, les incursions militaires et l’insécurité permanente ne laissaient aucune place au sport.
Aujourd’hui, l’annonce du retour de la course provoque un mélange d’excitation et d’appréhension. Cette 10ème édition revêt une dimension hautement symbolique pour tous ceux qui ont porté ce projet à bout de bras depuis plus d’une décennie.
Un parcours chargé d’histoire et de symboles
Pas question de tracer un simple circuit de 42,195 kilomètres en Palestine. L’espace manque cruellement à cause des restrictions territoriales imposées par l’occupation. Les organisateurs ont donc imaginé un parcours en deux boucles pour atteindre la distance mythique du marathon. Cette contrainte technique devient presque un symbole supplémentaire des entraves quotidiennes subies par la population locale.
Le départ et l’arrivée se déroulent devant la Basilique de la Nativité, monument universel de paix reconnu dans le monde entier. Puis, le tracé serpente le long du mur de séparation, traverse deux camps de réfugiés et passe par des zones considérées comme des points critiques. Chaque foulée résonne différemment quand on court au pied d’une barrière de béton haute de plusieurs mètres.
Des lieux qui racontent une histoire
Courir devant la Basilique de la Nativité n’a rien d’anodin. Ce monument classé au patrimoine mondial de l’UNESCO attire des pèlerins du monde entier. Organiser un marathon devant ses portes envoie un message universel de paix et d’espoir. Mais très vite, la réalité reprend ses droits.
Le mur apparaît au détour d’un virage. Haut, imposant, gris. Les coureurs longent cette barrière de séparation pendant plusieurs kilomètres. Certains y ont tagué des messages de résistance, d’autres des fresques colorées. L’ambiance devient différente quand on foule ces portions du parcours.
Les défis titanesques de l’organisation

Mahmoud Al-Haddar ne mâche pas ses mots : organiser le Marathon de Palestine relève de l’exploit logistique permanent. Chaque édition apporte son lot de nouveaux obstacles. Depuis l’aggravation du conflit, des checkpoints supplémentaires ont fleuri, de nouvelles portes métalliques bloquent l’accès à certaines zones, et personne ne sait jamais avec certitude si un passage sera ouvert ou fermé le jour J.
Les Palestiniens de Gaza doivent obtenir un permis spécial pour venir en Cisjordanie. Les refus pleuvent régulièrement. Les participants arabes d’autres pays se heurtent aux mêmes difficultés administratives kafkaïennes. Et les coureurs internationaux doivent passer par les sites israéliens pour obtenir une autorisation de venir courir… en Palestine. L’absurdité bureaucratique atteint des sommets.
Quand le matériel devient un casse-tête
L’anecdote des outils de chronométrage illustre parfaitement la situation. Les forces israéliennes ont endommagé l’équipement lors d’une incursion. 30 000 euros de perte. Et impossible d’en importer de nouveaux à cause du blocus. Les organisateurs doivent donc bricoler, emprunter, négocier pour obtenir du matériel de remplacement.
Le quotidien de Mahmoud ressemble à une course d’obstacles administratifs. Demander des permis pour fermer temporairement des routes, obtenir des autorisations pour faire venir des bénévoles d’autres villes, négocier avec les autorités locales et internationales… Le travail ne s’arrête jamais. Et malgré tout, l’équipe reste déterminée à faire vivre cet événement coûte que coûte.
Une mobilisation collective hors norme
Plus de 500 bénévoles se mobilisent le jour de la course. Cette armée de volontaires gère l’accueil, la distribution d’eau, le balisage, la sécurité, l’animation… Sans eux, rien ne serait possible. La semaine précédant l’événement, 200 personnes supplémentaires œuvrent à la distribution des dossards sur plusieurs sites et pendant plusieurs jours. La logistique exige une patience et une organisation millimétrée.
La communauté associative joue également un rôle central. Une vingtaine d’organisations partenaires apportent leur soutien : Right to Play pour promouvoir le sport auprès des jeunes, la Croix-Rouge pour les aspects médicaux et humanitaires, la Palestinian Children’s Relief Fund (PCRF) pour la dimension solidaire… Cette coalition transforme la course en véritable mouvement citoyen.
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Les chiffres de l’édition 2023 ont surpris tout le monde : 50% de femmes et 50% d’hommes sur l’ensemble des épreuves. Dans une région où les traditions limitent parfois la pratique sportive féminine, ce résultat sonne comme une petite révolution culturelle. Les femmes palestiniennes ont investi les routes, assumé leur passion pour la course, et inspiré des générations entières.
Les nouvelles formules lancées récemment visent justement à élargir encore l’audience. Le 5 km en forêt attire ceux qui préfèrent les sentiers aux routes goudronnées. La course familiale permet aux parents de partager ce moment avec leurs enfants. Diversifier les formats, c’est toucher un public plus large et renforcer l’ancrage local de l’événement.
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La force des coureurs internationaux

Les participants venus des quatre coins du globe occupent une place particulière dans le cœur des organisateurs et des locaux. Leur présence transcende le simple tourisme sportif. Ces coureurs choisissent délibérément de venir en Palestine malgré les complications administratives, les risques sécuritaires et les images anxiogènes véhiculées par les médias.
Pour Lisa, côtoyer des athlètes internationaux représente une opportunité rare. Coincée en Cisjordanie, elle ne peut pas facilement voyager pour disputer des courses à l’étranger. Alors quand des Français, des Danois, des Allemands ou des Britanniques débarquent à Bethléem, elle savoure chaque échange. Ces runners se montrent généralement chaleureux, curieux, encourageants.
Un message politique fort
Mahmoud insiste sur la dimension symbolique de cette participation étrangère. Chaque coureur international qui foule le sol palestinien envoie un message de solidarité puissant au monde entier. Ces athlètes ne viennent pas chercher un record personnel ou un podium prestigieux. Ils viennent se dresser pour la liberté de mouvement, la dignité humaine, la justice.
L’ambiance pendant la course reflète cette fraternité universelle. La musique traditionnelle résonne dans les rues, les habitants sortent devant leurs maisons pour applaudir, les enfants courent aux côtés des marathoniens, les personnes âgées sourient sur le pas de leurs portes. Cette communion entre locaux et visiteurs crée une atmosphère unique.
Voici ce qui motive les coureurs étrangers à venir :
- Découvrir une culture méconnue : la Palestine reste souvent réduite aux images de conflit dans les médias
- Témoigner de leur soutien : leur présence physique vaut mille discours
- Vivre une expérience humaine intense : au-delà du sport, c’est une rencontre qui marque à vie
- Contribuer à la visibilité : chaque photo, chaque témoignage partagé aide à faire connaître la situation
- Défier les restrictions : venir malgré les obstacles bureaucratiques constitue déjà un acte de résistance
La Palestine Virtual Race : courir à distance
Face aux difficultés croissantes pour obtenir des permis d’entrée, l’équipe organisatrice innove. Une course virtuelle verra le jour en parallèle de l’édition physique. Cette formule permettra aux runners du monde entier de participer symboliquement même s’ils ne peuvent pas se rendre sur place.
Des groupes de coureurs en France, au Danemark et en Allemagne ont manifesté leur intérêt pour cette option. Beaucoup aimeraient venir mais se heurtent aux refus de visa ou aux interdictions d’accès. La version virtuelle leur offre une alternative pour exprimer leur solidarité tout en contribuant financièrement au projet.
Le concept reste simple : les participants s’inscrivent en ligne, reçoivent un dossard virtuel, et réalisent leur course dans leur ville entre le 10 et le 20 avril. Ils peuvent ensuite partager leurs photos et leurs temps sur les réseaux sociaux avec un hashtag dédié. Cette mobilisation digitale élargit considérablement la portée de l’événement.
Comment participer au Marathon de Palestine 2026
Les inscriptions pour l’édition du 17 avril approchent à grands pas. Plusieurs options s’offrent aux coureurs motivés selon leur situation géographique et administrative.
Pour les coureurs internationaux souhaitant venir sur place : il faut d’abord obtenir une autorisation d’entrée via les canaux officiels israéliens. Cette démarche peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. La patience s’impose. Une fois l’autorisation obtenue, l’inscription à la course se fait via le site officiel du Marathon de Palestine. Le dossard se retire ensuite sur place lors de la semaine précédant l’événement, à plusieurs points de distribution répartis en Cisjordanie.
Pour la course virtuelle : l’équipe organisatrice finalise actuellement les modalités d’inscription. Le processus devrait s’ouvrir prochainement via la page Facebook officielle et le site internet. Les frais d’inscription contribueront au financement de l’événement principal et des initiatives communautaires locales.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.


