On va poser les choses tout de suite. Ce qu’a fait Yasmin Stoderegger sur la Yukon Arctic Ultra 2026, ce n’est pas un joli résultat. Ce n’est pas une « belle perf féminine ». C’est un exploit brut, massif, qui claque au visage de tous ceux qui rangent encore les femmes dans une catégorie à part sur l’ultra-distance.
Deuxième au classement général. Pas deuxième femme. Deuxième tout court. Sur 645 bornes à travers le Yukon canadien, dans des conditions que 95 % des coureurs ne peuvent même pas imaginer.
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Un scénario de course dingue
Derrière l’intouchable Paul Clément, la bataille pour la deuxième marche a été féroce. Yasmin menait depuis un moment quand, à environ 150 kilomètres de l’arrivée, elle s’est fait reprendre par l’Allemand Jan Rohrberg et le Français Maxime Bachelot. Le genre de moment où tu te dis que c’est foutu, que le physique a lâché, que la dynamique est partie.
Sauf que non. Elle n’a rien lâché. Elle est restée au contact, sans paniquer, sans forcer. Elle a fait ce que font les meilleurs ultra-traileurs du monde : elle a géré.
Et dans les derniers jours, elle a remis un coup. Mètre par mètre, checkpoint par checkpoint, elle a recollé, puis redoublé. La montée finale a tout scellé. Pendant que Bachelot calait dans l’ascension, Yasmin a maintenu son allure avec une régularité chirurgicale. Bascule, descente, et cap sur Braeburn Lodge. La deuxième place était verrouillée.
Maxime Bachelot termine troisième. On ne va pas lui enlever quoi que ce soit, sa course est énorme. Mais l’histoire de cette édition, c’est elle.
Yasmin Stoderegger, un profil taillé pour l’extrême

L’Autrichienne de 31 ans n’est pas tombée sur la Yukon par hasard. Enseignante d’allemand dans le civil, elle a grandi le nez dans le sport : gymnastique, ski, escalade, plongée. La course est arrivée plus tard, mais elle a tout avalé.
Ce qui frappe chez Stoderegger, c’est la trajectoire. Des blessures au genou dans sa jeunesse auraient pu tout stopper. Elle a reconstruit, patiemment, bloc par bloc. La base aérobie d’abord. Puis les distances. Puis les environnements hostiles. Gamine, elle rêvait déjà de courir un ultra en Antarctique. En 2025, elle a coché cette case en terminant deuxième au général et première femme du « Last Desert », 243 kilomètres en conditions polaires.
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⚡ Voir les nouveautés i-RunElle a cette faculté rare qu’on retrouve chez les très grands ultra-traileurs : la capacité à négocier avec la souffrance. Elle raconte souvent qu’elle court « jusqu’à la prochaine balise », qu’elle compte ses pas quand tout devient noir. Rien de spectaculaire. Juste une mécanique mentale implacable.
Pourquoi cette performance change quelque chose
Sur les formats ultra longs, et encore plus sur les courses polaires, les pelotons restent largement masculins. Les femmes qui s’alignent sur ces épreuves sont peu nombreuses, et celles qui performent au scratch encore moins.
Ce que fait Yasmin Stoderegger ici, c’est une démonstration par les faits. Sur 645 km, quand le froid te ronge, quand tu tires ta pulka dans la neige pendant des jours, quand la privation de sommeil te bousille le jugement, ce ne sont plus les watts ou la VO2max qui décident. C’est la gestion. La stratégie. La résistance mentale. L’intelligence de course.
Et sur ces terrains-là, elle a mis tout le monde derrière elle. Sauf un.
On ne parle pas d’un exploit « pour une femme ». On parle d’un podium scratch sur l’une des courses les plus dures de la planète. Point.
Bravo Yasmin :
Paul Clément gagne. C’est fort. Mais le fait marquant de cette Yukon Arctic Ultra 2026, c’est Yasmin Stoderegger. Parce qu’elle a construit cette place dans la douleur. Parce qu’elle n’a rien volé à personne. Parce qu’elle a été rattrapée et qu’elle est revenue. Parce que sa course, du premier au dernier kilomètre, est un modèle de gestion en ultra-endurance extrême.
Félicitations, Yasmin. Le Yukon se souviendra de toi.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.


