Le record de la Yukon Arctic Ultra sur le format 600 km appartient à Mathieu Blanchard, qui a bouclé les 608,7 kilomètres en 7 jours et 22 heures lors de l’édition 2025. Cet exploit réalisé dans des conditions extrêmes, avec des températures descendant jusqu’à -50°C, place le Français parmi les légendes vivantes de l’ultra-trail mondial. Avant lui, Thierry Corbarieu avait marqué l’histoire en devenant le premier Français à remporter cette course mythique en 2019, sur le format 430 miles (692 km), en 217 heures.
La Yukon Arctic Ultra fascine par sa difficulté absolue. Courir ou marcher pendant près de huit jours dans le grand Nord canadien en tirant une luge de 30 kilos ne s’apparente à aucune autre épreuve terrestre. Les hallucinations nocturnes, le froid mordant qui transforme la barbe en glaçons et l’immensité du désert blanc forgent des hommes d’exception.
Sommaire
Le temps record sur 600 km de Blanchard

Une performance XXL dans un froid glacial
Mathieu Blanchard a franchi la ligne d’arrivée à Faro le 10 février 2025 à 13h32, heure locale. Son chrono de 7 jours, 22 heures et 2 minutes établit une nouvelle référence sur cette distance démesurée. Le trailer français a maintenu une moyenne de 74,9 km par jour, tout en affrontant un dénivelé positif de 6 564 mètres.
Cette édition 2025 s’est révélée particulièrement éprouvante. Durant les derniers 71 kilomètres entre le dernier point de contrôle et l’arrivée, Blanchard a été pris dans une poche de froid à -50°C. Épuisé et en proie à des hallucinations, il a confié avoir eu l’impression d’être un marcheur blanc de Game of Thrones. Ces moments représentent l’essence même de la Yukon : un combat permanent contre les éléments où chaque seconde compte.
L’exploit de Guillaume Grima en deuxième position
Derrière Blanchard, un autre Français a brillé. Guillaume Grima a terminé second du 600 km en 8 jours et 1h50. Ce musher et trailer originaire de la vallée de l’Ubaye a démontré que les coureurs français possèdent un ADN particulier pour ce type d’aventure arctique. Grima a suivi de près son compatriote pendant toute la course, prouvant la profondeur du niveau tricolore sur cette épreuve unique.
La performance des deux Français contraste avec les abandons nombreux. Sur cette édition, peu de concurrents ont atteint Faro. Les problèmes respiratoires, les pieds gelés et l’épuisement ont eu raison de la majorité des engagés. Blanchard lui-même a souffert de difficultés pulmonaires importantes en fin de semaine, mais son mental d’acier lui a permis de tenir bon.
L’exploit historique de Thierry Corbarieu en 2019

Premier Français vainqueur de la Yukon
Avant Blanchard, Thierry Corbarieu avait ouvert la voie. En février 2019, cet ultra-trailer français a remporté le format 430 miles (692 km) en 217 heures, soit environ 9 jours. Son exploit reste gravé dans les annales comme la première victoire tricolore sur cette course surnommée « la plus froide et la plus dure du monde ».
Corbarieu avait affronté des températures de -34°C au départ et -40°C sous la tente pendant les nuits. Comme Blanchard après lui, il dormait très peu, environ 1h30 par jour. Le reste du temps ? Marcher en tirant sa pulka de 25 kilos entre 15 et 20 heures quotidiennes. Cette gestion du sommeil représente un défi colossal à elle seule. Le cerveau s’embrouille, les hallucinations nocturnes s’installent, les arbres figés par la glace prennent des formes étranges.
Les conditions extrêmes du désert blanc
Corbarieu décrivait la Yukon comme une aventure avec un grand A. Gérer son temps, choisir l’endroit où dormir, s’orienter sans trace GPS sur certains tronçons. Neuf points de contrôle seulement jalonnent les 700 kilomètres. Entre ces checkpoints, le coureur évolue parfois pendant 20 heures sans croiser âme qui vive. Les lacs et rivières gelés s’étendent sur plus de 10 kilomètres, loin de la protection relative des arbres.
Ce pionnier français gardait un souvenir particulier du stage de survie en milieu polaire obligatoire avant la course. Quatre jours d’apprentissage pour accepter les risques, comprendre les dangers de l’hypothermie, maîtriser les techniques d’orientation dans le blanc total. Sans cette préparation minutieuse, impossible d’envisager un départ serein.
Les différents formats de la Yukon Arctic Ultra

Du 100 miles au 600 km
La Yukon Arctic Ultra propose plusieurs distances pour s’adapter aux ambitions et au niveau des participants. Le format 100 miles (160 km) représente déjà un sacré morceau pour découvrir l’ambiance yukonnaise. Beaucoup de coureurs testent leurs capacités sur cette distance avant d’envisager plus long.
Le 300 miles (480 km) constitue un entre-deux redoutable. Suffisamment long pour épuiser les organismes les mieux préparés, assez court pour ne pas bénéficier de l’aura mythique du format ultime. Daniel Benhammou, coureur américain lors de l’édition 2025, n’a parcouru « que » 300 km à pied et a terminé avant Blanchard, mais ne figure évidemment pas au palmarès du 600 km.
Le 600 km (anciennement 430 miles pour Corbarieu) reste le Saint Graal. Cette distance folle entre Whitehorse et Dawson City demande entre 8 et 12 jours d’effort continu. La barrière horaire de 12 jours laisse peu de marge d’erreur. Chaque heure perdue à cause d’une ampoule, d’une mauvaise orientation ou d’un coup de fatigue se paie cash.
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⚡ Voir les nouveautés i-RunÀ pied, en fatbike ou en ski de fond
Les participants peuvent choisir leur mode de locomotion. Certains optent pour le fatbike, ces vélos aux pneus surdimensionnés capables de rouler dans la neige. Harm Feringa, Américain, a terminé premier finisher de l’édition 2025 en fatbike, mais ne concourrait pas dans la même catégorie que Blanchard.
D’autres préfèrent le ski de fond, glissant sur les traces gelées du Yukon. Cette option demande une technique irréprochable et fonctionne surtout quand les conditions de neige sont bonnes. Par contre, quand la poudreuse s’accumule ou que le vent efface les traces, le ski perd son avantage.
La course à pied reste le format le plus pur, celui qui attire les vrais aventuriers de l’extrême. Marcher dans la neige profonde en tirant une luge sollicite l’ensemble du corps. Les mollets brûlent, le dos se crispe, les épaules se tétanisent. Mais cette souffrance forge aussi les plus beaux souvenirs.
Les défis spécifiques de cette course mythique
Le froid polaire comme adversaire permanent
Les températures constituent le premier danger. Entre -30°C et -50°C selon les moments, le corps humain n’est pas conçu pour fonctionner dans de telles conditions. Chaque inspiration d’air glacial brûle les poumons. Les coureurs doivent porter des masques ou des cagoules spéciales pour réchauffer l’air avant qu’il n’atteigne les bronches.
Blanchard a été victime de problèmes respiratoires importants en fin de semaine. Ses voies aériennes, agressées par le froid, ont commencé à se révolter. Tousser dans le grand Nord n’a rien d’anodin : cela fatigue davantage, empêche de dormir correctement et accélère la déshydratation.
Les engelures menacent en permanence. Après l’accident dramatique de Roberto Zanta en 2018 (l’Italien a perdu ses deux pieds et neuf doigts), l’organisation a renforcé les contrôles. À chaque checkpoint, les coureurs doivent montrer leurs pieds, mains, oreilles et visage. Le moindre signe d’engelure ou d’ampoules sévères entraîne une exclusion immédiate.
La gestion de la pulka et du ravitaillement
Tirer une luge de 25 à 30 kilos pendant des jours transforme la course en calvaire mécanique. Cette pulka contient le matériel de survie, la tente, le duvet grand froid, le réchaud, la nourriture et les vêtements de rechange. Impossible de l’alléger sous peine de risquer sa vie en cas de pépin.
Les coureurs doivent anticiper leurs besoins entre les points de ravitaillement espacés de 50 à 100 kilomètres. Emporter trop de nourriture alourdit inutilement la charge. En transporter trop peu risque la fringale, voire l’hypoglycémie sévère. Cet équilibre demande une planification millimétrée.
Voici les éléments indispensables dans la pulka :
- Tente quatre saisons capable de résister aux tempêtes polaires
- Sac de couchage grand froid avec températures de confort jusqu’à -40°C
- Réchaud à essence avec carburant pour faire fondre la neige
- Nourriture lyophilisée et barres énergétiques ultra-caloriques
- Vêtements techniques multicouches et pièces de rechange
- Trousse de premiers secours adaptée au milieu polaire
- Système de communication satellite obligatoire
Le sommeil réduit et les hallucinations
Dormir 1h30 à 2 heures par nuit pendant une semaine complète déstructure totalement l’organisme. Le cerveau manque cruellement de phases de sommeil profond. Les fonctions cognitives se dégradent progressivement. La prise de décision devient hasardeuse, l’orientation moins précise, le moral fragile.
Les hallucinations nocturnes constituent presque un passage obligé. Corbarieu racontait voir des formes dans les arbres gelés, laissant libre cours à son imagination sur leur interprétation. Blanchard, complètement épuisé dans les derniers kilomètres, titubait comme un marcheur blanc de Game of Thrones. Ces moments flippants font partie intégrante de l’aventure yukonnaise.
Certains coureurs apprennent à gérer ces visions en les acceptant. D’autres dorment dès que les hallucinations deviennent trop intenses, préférant perdre quelques heures plutôt que de risquer une chute ou une erreur d’orientation fatale. Chacun développe sa propre stratégie au fil des kilomètres.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.



