Au cœur des géants de l’Himalaya, l’Everest, cette montagne mythique culminant à 8 848 mètres, garde jalousement ses secrets et ses défis. Dans l’univers des hauts sommets, un nom résonne particulièrement : Kilian Jornet. Le Catalan, maître incontesté du trail et de l’alpinisme, a réécrit les règles du possible en mai 2017.
Sommaire
- 1 Le temps record de Jornet sur l’Everest
- 2 L’ascension par la face nord
- 3 Le double sommet en une semaine
- 4 Le tracé de Kilian Jornet pour l’Everest
- 5 Les problèmes rencontrés par Kilian lors de l’ascension
- 6 Kilian Jornet aurait-il pu battre le record officiel ?
- 7 Qu’a réellement accompli Kilian Jornet sur l’Everest ?
- 8 Les records actuels de l’Everest sans oxygène
- 9 Les records de Kilian Jornet
- 10 Les sujets tendances
Le temps record de Jornet sur l’Everest

Mai 2017 marque un tournant dans l’histoire de l’alpinisme. Kilian Jornet, l’enfant prodige des sommets, inscrit son nom dans les annales en réalisant une ascension fulgurante de l’Everest. 26 heures lui suffisent pour rallier le sommet depuis le monastère de Rombuk, sans assistance respiratoire. Une performance qui laisse pantois les spécialistes de la discipline. L’analyse des chiffres donne le vertige. Départ à 5 100 mètres, arrivée à 8 848 mètres, 38 heures d’effort total pour boucler l’aller-retour. Le tout dans un style épuré, sans oxygène artificiel. Un pari audacieux qui bouscule les codes traditionnels de l’himalayisme.
L’ascension par la face nord

Le tracé choisi par Jornet surprend les puristes. La face nord, moins commerciale mais plus technique, offre un terrain de jeu idéal pour ce minimaliste convaincu. Aux côtés de Seb Montaz, qui l’accompagne jusqu’à 7 600 mètres, le Catalan trace sa route avec une économie de moyens déconcertante. La réussite de cette ascension repose sur une préparation millimétrée. L’acclimatation, pierre angulaire de tout projet en haute altitude, témoigne chez Jornet d’une adaptation physiologique rarissime. Ses années d’entraînement en altitude portent leurs fruits dans les zones les plus hostiles de la planète. C’est pourquoi son palmarès est incroyable.
Le double sommet en une semaine

L’histoire prend un tournant inattendu le 27 mai. Six jours après sa première réussite, Jornet repart à l’assaut du géant himalayen. Cette seconde ascension, toujours sans oxygène, propulse le Catalan dans une dimension inédite. Personne avant lui n’avait enchaîné deux montées sans assistance respiratoire en si peu de temps. Cette double performance s’explique en partie par un concours de circonstances. Le permis d’ascension chinois reste valide, offrant une fenêtre d’opportunité que Jornet saisit sans hésiter. Cette approche pragmatique révèle la philosophie d’un athlète qui optimise chaque instant en montagne.
Le tracé de Kilian Jornet pour l’Everest
Un départ depuis Rongbuk, pas depuis l’ABC
Contrairement aux détenteurs des records officiels, Kilian Jornet n’est pas parti du camp de base avancé (ABC) situé à 6400 mètres, mais du camp de base touristique près du monastère de Rongbuk, à environ 5100 mètres d’altitude. Cette différence fondamentale ajoute plus de 15 kilomètres de moraines le long du glacier avant même d’atteindre le véritable pied de la montagne.
Le trailer catalan a parcouru cette première section en 4h35, atteignant l’ABC vers 2h35 du matin. Il s’est alors reposé deux heures avant de repartir vers 4h30 pour l’assaut final du sommet.
Les problèmes rencontrés par Kilian lors de l’ascension

Des troubles digestifs à haute altitude
À partir de 7700 mètres d’altitude, Kilian Jornet a souffert de maux d’estomac sévères qui l’ont considérablement ralenti. « Je ne me sentais pas bien et je progressais lentement. Je devais m’arrêter tous les dizaines de mètres et j’avais des crampes et des vomissements », a-t-il expliqué.
Malgré ces difficultés, le champion a poursuivi son ascension, se reposant même un quart d’heure vers 8300 mètres avant d’atteindre finalement le sommet à minuit dans la nuit du 21 au 22 mai 2017.
Un retour écourté
Initialement, Kilian Jornet prévoyait probablement de battre également le record aller-retour. Cependant, en raison de son état physique, il a dû stopper sa tentative en revenant uniquement au camp de base avancé à 6400 mètres, 38 heures après son départ de Rongbuk, au lieu de redescendre jusqu’à son point de départ initial.
Kilian Jornet aurait-il pu battre le record officiel ?
Un temps ABC-sommet révélateur
En analysant les horaires, Kilian a mis entre 19h30 et 20h depuis l’ABC (départ vers 4h-4h30 du matin) jusqu’au sommet de l’Everest atteint à minuit. Ce temps reste environ 3 heures au-dessus des records de Kammerlander et Stangl pour ce même tronçon.
Toutefois, comme le souligne Rodolphe Popier, spécialiste de l’Himalaya pour le magazine Vertical :
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⚡ Voir les nouveautés i-Run« S’il était parti de l’ABC et non pas de Rongbuk, il aurait explosé les records de Kammerlander et Stangl, dans les dix heures peut-être ! »
Une performance d’entraînement exceptionnelle
Cette hypothèse s’appuie sur une performance réalisée quelques jours auparavant lors d’une phase d’acclimatation. Kilian Jornet avait alors établi un nouveau record entre l’ABC et 8400 mètres en un peu moins de 6 heures, soit environ 350 mètres de dénivelé par heure sur 2000 mètres.
Cette vitesse dépasse celle de Denis Urubko qui atteignait 298 m/h sur 2235 m de dénivelé lors de son record au Gasherbrum 2 en 2001.
Sinon il vous faudra payer un sherpa pour monter l’everest et c’est bien différent !
Qu’a réellement accompli Kilian Jornet sur l’Everest ?
Un nouveau FKT (Fastest Known Time)
Kilian Jornet a établi un nouveau « temps connu le plus rapide » (FKT) depuis le monastère de Rongbuk jusqu’au sommet de l’Everest. Personne n’avait jamais tenté l’Everest d’une traite depuis un point aussi éloigné.
Cette approche correspond parfaitement à la philosophie de Jornet qui aime graver les montagnes à sa façon, comme il l’a fait au Mont Blanc en partant de l’église de Courmayeur ou de Chamonix plutôt que des refuges d’altitude.
Un exploit sans oxygène
Au-delà des questions de chronométrage et de points de départ, rappelons que moins de 200 alpinistes ont réussi l’Everest sans oxygène. Réaliser cette ascension en solitaire, de nuit pour partie, et en 26 heures depuis 5100 mètres reste un exploit majeur dans l’histoire de l’alpinisme.
Les records de Kammerlander et Stangl, bien que plus rapides sur le segment ABC-sommet, ont également été réalisés sans oxygène, considéré par les meilleurs alpinistes comme du dopage en haute altitude.
Les records actuels de l’Everest sans oxygène
Voici les principales références en matière de vitesse sur l’Everest :
- Versant tibétain (voie normale nord) : Hans Kammerlander en 16h45 depuis l’ABC (record Guinness Book)
- Versant tibétain : Christian Stangl en 16h42 depuis l’ABC
- Versant népalais : Marc Batard (France) en 22h29
- Depuis Rongbuk : Kilian Jornet en 26h (nouveau FKT)
Les records de Kilian Jornet

- GR 20 (Corse) – 16 juin 2009
- 32h54min pour 180km et 14 500m D+
- Parcours entre Calenzana et Conca
- Record depuis battu par Lambert Santelli (30h25)
- Traversée des Pyrénées – 31 mai au 8 juin 2010
- 850km et 42 000m D+
- Réalisé en 113 heures
- De Hendaye à Banyuls
- Kilimandjaro – 28 septembre 2010
- Temps: 7h14min
- Record battu depuis par Karl Egloff (6h56min24s)
- Mont-Blanc – 11 juillet 2013
- 4h57min34s aller-retour depuis Chamonix
- 28km et 3800m D+
- Ancien record de Pierre André Gobet battu (5h10min)
- En savoir plus sur le record de Kilian Jornet sur le Mont Blanc
- Cervin de Kilian Jornet – 21 août 2013
- 2h52min02s aller-retour depuis Cervinia
- 2471m D+
- Ancien record de Bruno Brunod battu (3h12min)
- McKinley – 12 juin 2014
- 11h48min
- Record pulvérisé de plus de 5 heures
- À ski sur le plus haut sommet d’Amérique du Nord (6194m)
- Aconcagua – 23 décembre 2014
- 12h49min
- 60km et 3962m D+/-
- Record battu depuis par Karl Egloff
- Everest – 21-22 mai 2017
- 26h pour atteindre le sommet depuis Rombuk (5100m)
- 38h aller-retour
- Sans oxygène par la face Nord
- Accompagné jusqu’à 7600m par Seb Montaz
- Record de dénivelé positif à ski – 8-9 février 2019
- 23 486m D+ en 24h
- 51 montées pour 50 descentes
- 195km parcourus
- Vitesse moyenne de montée: 978,6m/h
- Record précédent: 20 939m par Lars Erik Skjervheim
- Sierre-Zinal – 2019
- 2h25min35s
- Battu le record historique de Jonathan Wyatt (2h29min12s)
Pour en savoir sur Kilian Jornet et la Diagonale des Fous, cet article est pour vous.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.



