Le 6 juillet, depuis les Houches, Kilian Jornet s’est élancé à 5h30 du matin avec un objectif que la plupart des alpinistes jugeraient délirant : gravir deux fois le Mont Blanc dans la même journée. Résultat : 12 heures d’effort, 6700 mètres de dénivelé positif et deux sommets à 4810 mètres dans les jambes. Voilà ce que ça donne quand un extraterrestre du trail décide de sortir jouer.
Sommaire
- 1 Un pari lancé la veille, pour le plaisir
- 2 Le déroulé heure par heure d’une journée hors normes
- 3 Le projet « Summits of my life » derrière cet exploit
- 4 Kilian Jornet : un athlète aux capacités physiques hors normes
- 5 Un exploit hors du commun
- 6 Un record qui reste une référence dans le monde du trail
- 7 Les sujets tendances
Un pari lancé la veille, pour le plaisir

Tout part d’une simple question posée par le trailer écossais Tom Owens, coéquipier chez Salomon, la veille de l’exploit : « Tu as déjà fait deux fois le Mont Blanc en une journée ? » Il n’en fallait pas plus à Kilian pour transformer l’idée en projet concret. Ce n’est ni une course officielle, ni une compétition : juste un défi né d’une conversation entre sportifs passionnés. Ce genre de spontanéité, c’est exactement ce qui rend le personnage fascinant.
Sur sa page Facebook, Jornet raconte lui-même la genèse de l’aventure avec une simplicité désarmante. Là où d’autres auraient passé des semaines à planifier, lui boucle l’affaire en 24 heures. C’est ça, la marque des grands : transformer l’improbable en évidence.
Le déroulé heure par heure d’une journée hors normes
Première ascension : la voie normale par le refuge du Goûter
Départ des Houches à 5h30, Kilian emprunte la voie normale du Mont Blanc via le refuge du Goûter. Après 4h20 d’effort continu, il pose le pied sur le toit de l’Europe. Pour rappel, un alpiniste ordinaire met en général deux jours complets pour accomplir cette même ascension, avec une nuit en refuge. Lui le fait en une matinée, avant même que certains aient terminé leur café.
La descente côté Italie : un choix tactique
Une fois au sommet, Jornet ne rentre pas par le même chemin. Il choisit de descendre côté versant italien, via le refuge Gonella à 3071 mètres, où il s’octroie une pause bien méritée… pour manger un panini. Puis la descente se poursuit sur le glacier de Miage. Ce passage par l’Italie ajoute de la complexité logistique et technique à la journée, mais permet aussi de varier les terrains.
Second sommet atteint à 15h20
Après avoir fait demi-tour depuis le versant italien, Kilian repart à l’assaut du sommet une deuxième fois. À 15h20, il atteint à nouveau les 4810 mètres d’altitude. La journée se conclut aux Houches, point de départ, après exactement 12 heures d’efforts et un cumul de dénivelé qui donne le vertige.
| Heure | Événement |
|---|---|
| 5h30 | Départ des Houches, voie normale via refuge du Goûter |
| ~9h50 | Premier sommet atteint (4h20 d’ascension) |
| Midi | Pause panini au refuge Gonella (3071m), versant italien |
| 15h20 | Deuxième sommet atteint |
| ~17h30 | Retour aux Houches, 12h d’effort au total |
Chronologie approximative de la journée de Kilian Jornet le 6 juillet
Le projet « Summits of my life » derrière cet exploit

Cette double ascension s’inscrit dans le cadre du projet « Summits of my life », une initiative lancée par Kilian Jornet visant à gravir huit sommets mythiques à travers le monde, le plus rapidement possible. L’idée centrale consiste à fusionner les techniques de l’alpinisme traditionnel et du trail running pour repousser les limites connues dans les deux disciplines. Le Mont Blanc, toit de l’Europe, en fait évidemment partie.
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⚡ Voir les nouveautés i-RunCe projet reflète une vision du sport en montagne qui casse les codes. Pas de course officielle, pas de dossard : juste un homme, ses chaussures, et les sommets comme terrain de jeu. Ce que Jornet accomplit avec « Summits of my life » force l’alpinisme à se réinventer.
Kilian Jornet : un athlète aux capacités physiques hors normes
Une VO2max qui dépasse l’entendement
Pour comprendre comment un être humain peut enchaîner deux ascensions du Mont Blanc en une journée, il faut regarder les chiffres. La VO2max de Kilian Jornet oscille entre 88 et 92 ml/min/kg, avec une capacité respiratoire de 5,2 litres. Pour comparer, un sportif entraîné tourne autour de 55 à 65 ml/min/kg. Autrement dit, son organisme traite l’oxygène à haute altitude d’une manière que la biologie humaine standard n’est pas censée permettre.
Un palmarès qui écrase tout
Kilian Jornet n’est pas qu’un bon coureur de montagne. C’est un phénomène multidisciplinaire. Voici une partie de ce qu’il a accompli :
- Plusieurs fois champion du monde de ski-alpinisme, notamment en course verticale
- Triple champion du monde de skyrunning
- Vainqueur de l’UTMB (169 km, 9600m D+), de la Western States 100 et du Grand Raid
- Record de l’aller-retour Chamonix / sommet du Mont Blanc : 4h57’34 » (11 juillet 2013)
- Détenteur du record sur le Denali (6190m) en Alaska
L’ancien record de l’aller-retour Chamonix-Mont Blanc appartenait au Suisse Pierre-André Gobet avec 5h10’14 » établi en 1990. Jornet l’a pulvérisé de plus de 12 minutes. Ce n’est pas une amélioration marginale : c’est une autre dimension.
Un exploit hors du commun

L’endurance mentale, la vraie arme secrète
Physiquement, Kilian est hors catégorie, c’est indéniable. Mais l’aspect mental de cette journée mérite autant d’attention. Repartir vers le sommet après avoir déjà enchaîné une ascension complète et une descente vers l’Italie demande une force intérieure que peu d’athlètes possèdent. La fatigue, le froid, l’altitude : autant de facteurs qui auraient stoppé net n’importe quel autre sportif d’élite. Lui, il relace ses chaussures et repart.
La montagne comme terrain de jeu quotidien
Jornet a grandi dans les Pyrénées, fils de guide de montagne, initié dès l’enfance aux sommets. Cette familiarité avec la haute altitude explique en partie sa facilité apparente à évoluer là où d’autres souffrent. Pour lui, le Mont Blanc n’est pas un objectif de vie : c’est presque une sortie longue du mercredi matin. Cette normalisation de l’exceptionnel est peut-être la chose la plus déconcertante chez cet homme.
Un record qui reste une référence dans le monde du trail
Gravir le Mont Blanc deux fois en moins de 12 heures avec 6700 mètres de dénivelé positif, c’est un exploit qui reste une référence absolue dans la communauté du trail et de l’alpinisme. Ni une compétition, ni un record officiel homologué… et pourtant, tout le monde en parle. C’est ça la grandeur de Kilian Jornet : même ses sorties improvisées deviennent des pages d’histoire du sport de montagne.
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