La question agite la communauté trail depuis plusieurs semaines : Kilian Jornet sera-t-il vraiment au départ de la Western States 2026 ? La réponse est oui, malgré une blessure au genou gauche diagnostiquée après Zegama qui a sérieusement perturbé sa préparation. Le Catalan s’élancera bien ce samedi 27 juin depuis Squaw Valley, avec dans les jambes moins de kilomètres que prévu, mais une détermination intacte.
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Une inscription confirmée dès novembre 2025
Tout avait pourtant bien commencé. Dès le mois de novembre 2025, le nom de Kilian Jornet apparaissait noir sur blanc sur Ultrasignup, la plateforme officielle des courses d’ultra. Sa troisième place obtenue lors de l’édition 2025, avec le cinquième meilleur temps de l’histoire, lui garantissait un accès direct à condition de s’inscrire avant le 1er décembre. Il n’a pas tergiversé.
Sa motivation affichée était claire : revenir chercher une deuxième victoire, quinze ans après son seul succès californien en 2011. À 38 ans, le champion catalan voulait également enchaîner trois monuments en neuf semaines : la Western States fin juin, Sierre-Zinal en août, puis l’UTMB fin août. Un programme de titan, sur le papier du moins.
La chute de Zegama et le genou qui lâche
C’est lors de la course de Zegama, au Pays Basque espagnol, que tout a basculé. Kilian Jornet termine 43e, loin de ses standards habituels, avec une douleur au genou gauche qui ne passe pas. L’IRM finit par confirmer ce que l’entourage craignait : ménisque externe déchiré, œdèmes dans la partie graisseuse, cartilage très fin et inflammation du tendon. Un tableau clinique qui ferait renoncer la plupart des coureurs.
Sa réaction, elle, ne surprend pas ceux qui le connaissent. Sur son Substack, Jornet assume : « Il ne reste que quatre semaines avant la Western States, je ne cours pas du tout. Mais le plan est de faire disparaître l’œdème, puis de faire deux bonnes semaines d’entraînement avant. » Pour lui, c’est un pari. Un de plus dans une carrière construite sur les défis impossibles.
L’arrêt total, le vélo comme bouée
Pendant plusieurs semaines après Zegama, exit la course à pied. Le staff médical lui a prescrit du vélo et des montées sans impact pour tenter de résorber l’inflammation. Une rééducation minimaliste à moins d’un mois d’un 161 km, ce n’est pas anodin. Pourtant, les retours fin mai indiquaient que l’œdème reculait, laissant la porte ouverte à deux semaines de reprise.
| Diagnostic | Détail |
|---|---|
| Zone touchée | Genou gauche |
| Lésions identifiées | Ménisque externe déchiré, œdèmes, cartilage fin, inflammation tendineuse |
| Traitement | Arrêt de la course, vélo, montées sans impact |
| Décision | Présent au départ le 27 juin malgré tout |
Un plateau de fous pour cette 53e édition

Malgré l’ombre de la blessure, Kilian Jornet arrive sur une course dont le plateau 2026 est sans doute l’un des plus relevés de l’histoire récente. Trois anciens vainqueurs de l’UTMB s’alignent au départ parmi les 370 concurrents attendus entre Squaw Valley et Auburn, en Californie.
- Jim Walmsley (USA) : quadruple vainqueur de la Western States (2018, 2019, 2021, 2024) et détenteur du record en 14h09’28 »
- Kilian Jornet (ESP) : vainqueur en 2011, 3e en 2025, revient pour décrocher un deuxième titre
- Vincent Bouillard (FRA) : le Haut-Savoyard, vainqueur de l’UTMB, représente fièrement le trail français
- Charley Jones & Daniel Barger (USA) : deux spécialistes qui ont chacun terminé la course à quinze reprises
Du côté français, cinq athlètes tricolores participent pour la première fois à cette épreuve légendaire : Thomas Cardin, Thomas Gourgas, Antoine Aubour, David Michel, et donc Vincent Bouillard, tous porteurs des couleurs hexagonales sur les sentiers californiens.
Jim Walmsley, l’adversaire numéro un
Sur une préparation normale, Jornet serait sans doute l’un des grands favoris. Mais avec un genou fragilisé et une reprise tardive, c’est Jim Walmsley qui part avec la cote la plus solide. L’Américain connaît chaque caillou du parcours, il a battu son propre record de parcours, et à domicile sous la chaleur des canyons californiens pouvant culminer à 43 °C, il a clairement un avantage psychologique et physiologique.
La Western States, une course née d’une épreuve équestre
Ce qui rend cette course encore plus fascinante, c’est son histoire totalement atypique dans le monde de l’ultra. Tout part des cavaliers des années 1950 qui voulaient tester leurs chevaux sur 100 miles entre le lac Tahoe et Auburn, donnant naissance à la coupe Tevis. Ce n’est que deux décennies plus tard, en 1974, que des soldats tentent l’aventure à pied, sans y parvenir dans les délais.
Il faut attendre 1977 pour voir la première édition officielle baptisée Western States Endurance Run, avec 16 engagés, trois finishers, et un seul sous les 24 heures. Aujourd’hui, la 53e édition rassemble 370 coureurs venus du monde entier, preuve que cette course a su traverser le temps sans jamais perdre de son intensité.
161 km sous la chaleur des canyons
Le parcours, c’est 5 500 m de dénivelé positif et 7 000 m de négatif sur 161 km, avec des températures pouvant dépasser les 43 °C dans les canyons. Le départ est donné à 5h du matin (heure locale, 14h en France) depuis l’ancien site des JO d’hiver 1960 de Squaw Valley. L’arrivée est prévue à la Placer High School d’Auburn, environ quinze heures plus tard pour les meilleurs. Une logistique de guerre, une chaleur qui teste les plus solides, une distance qui brise les volontés fragiles.
Kilian Jornet : l’incertitude comme carburant
Ce qui interpelle dans cette aventure 2026, c’est l’attitude mentale de Jornet face à l’adversité. Là où d’autres auraient annulé ou repoussé, lui choisit d’y aller avec ses doutes et ses genoux cabossés. Courir 160 km sur un ménisque déchiré, c’est objectivement risqué, mais pour le Catalan, c’est aussi ce qui rend la chose intéressante. La blessure ne l’effraie pas, elle le challenge.
En 2025, il avait déjà bluffé tout le monde en courant sans sac d’hydratation sous 45 °C pour terminer troisième. En 2026, il se présente avec une préparation tronquée et un genou bancal. Si malgré tout il accroche un podium, voire une victoire, ce serait sans doute l’une des performances les plus folles de sa carrière déjà hors normes.
Un pari sur l’été entier
Au-delà de la Western States, c’est toute la saison de Kilian Jornet qui se joue ce samedi. Son genou sera mis à rude épreuve sur 161 km, et les réponses données par son corps conditionneront sa présence à Sierre-Zinal et à l’UTMB dans les semaines suivantes. Un triple programme ambitieux, désormais suspendu à la solidité d’un ménisque externe. Franchement, on n’ose même pas imaginer une saison sans lui.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.


