Du 3 au 5 juillet 2026, Alix Noblat lance aux Deux-Alpes la première édition d’un festival de trail entièrement réservé aux femmes. Une initiative qui part d’un constat sincère sur la sous-représentation féminine dans les courses longue distance. Mais qui, à l’heure où la mixité sportive est devenue la norme dans le trail français, suscite aussi une vraie discussion de fond.
Sommaire
Un festival né d’un terrain connu
Alix Noblat, 35 ans, a construit ce projet brique par brique. Connue du grand public pour avoir participé à Koh-Lanta : Les 4 Terres et Koh-Lanta : La Légende, elle s’est ensuite imposée dans l’univers du trail avec une progression méthodique. Elle court des distances de 100 km et plus, s’est engagée dans la préparation d’un Ironman pour travailler sa polyvalence, et assure depuis plusieurs saisons le rôle d’assistance de terrain pour son compagnon, Mathieu Blanchard, l’un des meilleurs ultra-traileurs français.
Avant ce festival, elle avait déjà testé le format 100 % féminin : un challenge sur le GR20 en cinq jours organisé deux années de suite en Corse, ainsi qu’un Annecy-Chamonix en trois jours réservé aux femmes. Ces expériences lui ont donné la confiance nécessaire pour monter quelque chose de plus structuré.
Trois jours dans les Alpes, bien plus qu’une course
L’événement est organisé avec ses deux associées, Charlotte Konc et Laura Huet, en partenariat avec Laurent et Lucas Sabot de l’association Les Deux-Alpes Trail. Le cadre est alpin, les parcours de trail proposés autour de la station sont variés, accessibles à plusieurs niveaux de pratique. Mais ce qui distingue ce format d’un simple dossard, c’est tout ce qui vient autour.
- Conférences et ateliers thématiques
- Séances de yoga
- Stands nutrition et bien-être
- Parcours trail adaptés à différents niveaux
- Échanges autour des spécificités physiologiques féminines dans le sport
L’objectif affiché est clair : offrir un environnement rassurant à des femmes qui hésitent encore à s’inscrire sur une course, à chausser leurs premières paires de chaussures trail, ou à franchir le cap des longues distances. Alix Noblat veut travailler sur le manque de confiance en soi, souvent cité comme premier frein, bien avant la question physique.
Un constat réel, une solution qui fait débat
Le point de départ reste incontestable. Dans les courses de trail, et plus encore sur les ultra-distances, les femmes sont minoritaires. Selon les données des grandes épreuves françaises, elles représentent souvent entre 15 et 25 % des inscrits selon les formats, avec une proportion qui chute encore sur les 100 km et plus. Le problème existe. La question est de savoir par quel bout le prendre.
Alix Noblat estime que certaines problématiques propres aux femmes restent mal traitées dans l’organisation courante des courses : le cycle menstruel, la grossesse, la préménopause, la confiance en soi sur les sentiers de nuit. Ce sont des réalités. Et des sujets sur lesquels le trail, comme beaucoup de sports, a encore du travail à faire.
La mixité comme réponse, pas l’évitement
C’est précisément là que le format 100 % féminin divise. Certains observateurs du milieu, dont le site uTrail qui défend cette position depuis 2018, estiment que créer une course dont la moitié de la population est exclue envoie un signal contradictoire avec les combats menés depuis des décennies pour que les femmes aient accès aux mêmes épreuves, aux mêmes distances, aux mêmes départs que les hommes. Ces droits ont été arrachés, pas donnés.
L’argument tient d’autant plus dans un sport comme le trail, où la mixité est précisément une des richesses les plus fortes. Sur les sentiers de montagne, hommes et femmes courent ensemble, se doublent, s’encouragent, partagent les mêmes ravitaillements. Des femmes comme Courtney Dauwalter, Katie Schide ou Blandine L’Hirondel le prouvent chaque week-end : les traileuses n’ont pas besoin d’un terrain séparé pour exister. Elles ont besoin de visibilité, de modèles, de reconnaissance.
| Argument pour | Argument contre |
|---|---|
| Environnement rassurant pour les débutantes | Envoie le signal que les femmes ont besoin d’être protégées |
| Aborde des sujets physiologiques souvent ignorés | Réduit la pratique féminine à des questions biologiques |
| Pallie un manque de confiance réel chez certaines femmes | Le frein n’est pas la présence des hommes sur les sentiers |
| Crée une communauté féminine forte autour du trail | Va à rebours de la dynamique de mixité du trail |
Ce que les traileuses demandent vraiment
Au fond, le vrai débat est là. Beaucoup de femmes qui pratiquent le trail en 2026 ne veulent plus être renvoyées à leur condition biologique dès qu’on évoque leur sport. Elles veulent qu’on parle de leurs performances, de leurs ambitions, de leurs victoires, exactement comme on le fait pour les hommes. Pas d’un espace à part entière, mais d’une reconnaissance à part entière.
Ce n’est pas incompatible avec des initiatives qui aident les débutantes à franchir le premier cap. Mais peut-être que la réponse passe davantage par des groupes d’entraînement mixtes ouverts aux femmes, par une meilleure communication sur les courses existantes, par des formats courts et progressifs accessibles à toutes, que par des courses dont les hommes sont exclus par principe.
Alix Noblat ouvrira le départ le 3 juillet aux Deux-Alpes avec, selon toute vraisemblance, des centaines de femmes motivées, heureuses d’être là, prêtes à s’engager sur des sentiers alpins. Ce sera beau à voir. Et le débat qu’elle soulève, lui, mérite d’être suivi bien au-delà de ce premier week-end de juillet.
Quentin, 26 ans, passionné de trail : suivez mes aventures au cœur des sentiers, entre défis sportifs et communion avec la nature.



